Les polars font une victime à Casablanca

Les polars font une victime à Casablanca

Fasciné par les crimes, les tueurs et les personnages troubles des polars, Younes a violé une fille de joie et a agressé une lycéenne. Avec fierté, il avoue ses crimes, à l’instar des héros des romans policiers dont il est passionné, devant la chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca. S’agit-il d’un psychopathe  ou d’un criminel hors pair ?
Or, l’apparence de ce jeune homme de vingt-six ans ne correspond  pas à celle d’un assassin qui agit par sadisme. L’air innocent, il paraît incapable de faire du mal à une mouche. Bien habillé et rasé de près, il ajustait à chaque fois ses lunettes avant de répondre aux questions du président de la Cour.
Contrairement aux autres prévenus, qui niaient en bloc les charges retenues contre eux, Younes, lui, a reconnu ses forfaits sans hésitation aucune. « Oui, Monsieur le président, je savais que ces actes sont incriminés par la loi. », avoue-t-il sur un ton ferme tout en regardant  droit dans les yeux un président  étonné de l’attitude de son interlocuteur.
Quelques membres de sa famille assistaient à l’audience.
La tristesse et la consternation se lisaient sur leurs visages. « Il était un bon garçon. », dit l’un d’eux à voix basse. Le jeune garçon a en effet un casier judiciaire vierge.
Issu d’une famille aisée, Younès est l’aîné de ses frères et sœurs. Son frère étudie l’informatique dans une école supérieure privée alors que sa sœur fait des études en médecine.
Quant à lui, il a décidé de quitter les bancs de l’école alors qu’il est en terminal. Non parce qu’il est un cancre.  Au contraire, il était parmi les élèves les plus brillants de sa classe. Il n’a jamais obtenu une mauvaise note, ni obtenu une note en dessous de la moyenne. Tous ses amis témoignent que Younes était un garçon studieux, mordu de la lecture. Une culture qu’il semble avoir hérité de sa mère qui dispose d’une énorme bibliothèque personnelle. Toutefois, Younes a un goût immodéré pour les polars.
D’Agatha Christie à Jean Claude Izzo en passant par Chester Himes, Dashiell Hamett et Raymond Chandler, Younes dévorait les romans noirs comme des petits pains. Il lisait également les faits-divers publiés dans les colonnes des journaux. Il ne les ratait jamais comme l’a attesté sa mère devant la Cour.
Mais quelle relation existe-t-il entre la lecture des polars et les faits-divers et les crimes qui lui ont été attribués ?
« Je voulais être l’un de ses personnages, héros des romans dont je raffole. Ils me fascinaient par leur grande capacité à brouiller les pistes et à défier les enquêteurs», explique-t-il  calmement à la Cour.
Le président a relevé le fait qu’il n’avait pas fait la même déclaration à la police. Dans le procès-verbal, on lit seulement que Younes a violé une fille de joie dans les escaliers d’un immeuble et a agressé une lycéenne. Il lui a subtilisé un bracelet en or, une montre et des lunettes avant de retourner tranquillement chez lui. La jeune lycéenne est partie sur ses traces et a localisé l’immeuble où il s’est engouffré. C’est ainsi qu’elle a avisé ses parents qui ont alerté immédiatement la police.
« Je pensais aussi  effectuer une opération de falsification de billets de banque et d’escroquerie», déclare-t-il devant les juges.
« Ce jeune homme est un malade mental», explique l’avocat de la plaignante dans sa plaidoirie tout en soumettant à la Cour une dizaine de certificats médicaux attestant que Younes souffre d’une schizophrénie depuis quatre ans. L’avocat a alors réclamé à la Cour d’ordonner une expertise médicale pour déterminer son véritable état de santé.
La Cour a décidé alors de désigner un psychiatre pour examiner l’accusé.

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