L’escroc se faisait passer pour un fkih

En djellaba et babouche, blanches, un quadragénaire a lancé un «Salamou Âlaykoum» à haute voix. Les quatre hommes qui jouaient aux cartes se sont mis à le regarder étrangement. «Qui de vous s’appelle Abdellah ?», a lancé l’homme à la djellaba.
Un sexagénaire s’est levé, puis s’est approché de lui et lui a répondu : «C’est moi! Et toi qui es-tu ?». «Je suis un fkih, les «Jadawils des talismans m’ont appris que tu disposes d’une maison abandonnée située à un kilomètre de là…Un important trésor y est enterré et je peux l’exhumer…», lui explique l’inconnu avant de lui remettre un bout de papier où il a inscrit le numéro de son téléphone cellulaire. Il lui a demandé de lui téléphoner une fois qu’il aura pris la décision d’entamer le travail pour exhumer le trésor.
Ébahi, Abdellah a téléphoné à son frère pour lui raconter l’histoire et lui demander conseil. Son frère a cru aux paroles du fkih et n’a pas hésité à le contacter. Un rendez-vous a été fixé et le lendemain, le fkih débarque chez Abdellah et son frère.
«Gloire à Dieu, tu es vraiment un bon croyant…Dieu veut que tu deviennes riche malgré toi», lance le fkih à Abdellah.
Tous les trois se sont rendus à la maison abandonnée. Le fkih est rentré, a lu quelques versets du Coran et demandé aux deux frères de se retrouver le lendemain vers 22H, à la maison abandonnée sans aviser personne.
Le lendemain à 22H. Le fkih est arrivé avec un petit cartable marron à la main. Abdellah et son frère l’attendaient. Le fkih a mis une poudre dans un talisman et a commencé à lire le Coran jusqu’à une heure du matin. Ensuite, il est parti sans adresser la parole aux deux frères. Trois jours plus tard, il est retourné, à une heure tardive de la nuit, chez Abdellah. En compagnie de son frère, ce dernier l’a conduit à la maison abandonnée. Il a tracé quelques rectangles et carreaux dans une chambre, déposé des amulettes, mis une poudre dans une bouteille en plastique qu’il a remplie d’eau et de sel, en psalmodiant le Coran. Il a aspergé la chambre de ce liquide qu’il avait préparé avant de mettre de l’encens dans un brasero.
Le lendemain, le fkih a demandé une pioche et commencé à creuser sans adresser la parole aux deux frères. Tout d’un coup, il leur a ordonné de se prosterner en criant : «Voilà la preuve, voilà le signe de la richesse. Il nous faut juste un peu de travail parce que le diable garde encore le trésor». Le fkih a saisi deux pièces qui brillent et les a remis à Abdellah rempli de joie. Aussitôt, il leur a demandé de lire cent fois Sourate «Al Ikhlasse» (la fidélité). Et il a continué, lui, à creuser en balbutiant «Talbine Attaslime».
Vers 2h, le fkih s’est arrêté et a dit à Abdellah qu’il avait besoin d’une eau spéciale qui provient de l’Inde. Le prix ? 30.000 dirhams. Le lendemain, Abdellah lui a remis la somme réclamée. Une semaine plus tard, le fkih est arrivé chez Abdellah, lui a expliqué qu’il avait besoin d’une autre somme : 20.000 dirhams. Car le prix du liquide magique a augmenté. Ce qui importe pour Adbellah, c’est d’avoir le trésor. Le fkih a disparu durant quatre jours avant de revenir à la maison abandonnée. Il s’est arrêté de creuser quelques minutes plus tard. Pourquoi? «Le diable qui garde ce trésor est très fort, très violent, plus cruel. Je dois avoir un autre encens très efficace pour le brûler», lui a-t-il affirmé. Et le prix ? 100.000 dirhams! Le fkih est parti avant de promettre revenir dans trois jours pour récupérer la somme.
Abdellah réalise, enfin, qu’il se fait avoir et va alerter les gendarmes. Lorsque le fkih est revenu, il a été accueilli par les gendarmes. «Où est le trésor ?» lui ont-il demandé. Le fkih s’est montré surpris: «Quel trésor ?». C’était un escroc qui se faisait passer pour un fkih. Il a été condamné à trois ans de prison ferme.

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