Poignardé par le frère de sa maîtresse

Poignardé par le frère de sa maîtresse

Ce que Fatiha n’aurait jamais pu imaginer s’est produit. En une fraction de seconde, son destin a basculé : elle s’est retrouvée impliquée dans une affaire de meurtre. Heureusement pour elle, elle n’est poursuivie que pour incitation à la débauche. Mais c’est elle qui est à l’origine du drame.
Dès son adolescence, Fatiha fascinait tous les jeunes de son douar, dans la province d’El Jadida, par sa beauté et son charme. Elle séduisait tout le monde, même ceux qui avaient atteint l’âge d’être grands-pères.
Fatiha s’était donc habituée à se faire aborder par toutes sortes d’hommes, lorsqu’elle sortait faire des courses ou simplement se promener pour changer les idées. Mais un seul d’entre eux était cher à son cœur.
Le préféré de Fatiha se prénomme Mohamed. Elle l’a remarqué à sa façon particulière de la suivre dans la rue, de la regarder, de l’admirer de loin. Elle a fini par se convaincre que Mohamed, qui ne lui a jamais adressé la moindre parole d’amour, est celui qui l’aime le plus fort, malgré sa timidité. Et bien qu’elle ait tenté, quelquefois, de l’encourager par un regard, un sourire. Mais en vain.
Jusqu’au jour où Mohamed, trop sérieux et respectueux pour passer comme on dit par la fenêtre, se décide à se présenter à la porte. Il demande officiellement la main de Fatiha à sa famille. Après deux mois de fiançailles, les voilà mariés et vivant sous le même toit. Une année plus tard, la naissance d’une fille vient égayer leur foyer. Ils la prénomme Saïda.
Mais le bonheur apparemment promis ne s’est pas confirmé. Entre eux, le climat se dégrade. Pourquoi? Personne n’y comprend rien.  Leurs familles et leurs voisins prétendent que le spectacle de leur bonheur a attiré sur eux l’envie de gens malintentionnés qui les auraient ensorcelés. Toujours est-il qu’entre Mohamed et Fatiha,  la mésentente aboutit bientôt au divorce. Après quelques semaines de chagrin, Fatiha reprend sa vie normale et retourne travailler aux champs. Et tout recommence comme avant. Le manège des célibataires, leurs regards, leurs avances plus ou moins discrètes. Pour sa part, elle est amoureuse d’un certain Bouchaïb, quadragénaire, célibataire et occupant une chambre avec ses parents.
Et voilà que Bouchaïb dont personne ne sait pourquoi il est demeuré célibataire, se décide enfin à se marier. Il se présente chez les parents de Fatiha et la demande en mariage. Mais cela n’aboutit pas.
Sauf que la relation qui lie en fait Fatiha et Bouchaïb n’est pas rompue pour autant. Bouchaïb contribue financièrement au budget de Fatiha, dont la petite fille requiert un supplément de moyens. Fatiha quant à elle ne lui refuse rien. Elle voyage même parfois en sa compagnie, ils vont ensemble à El Jadida pour passer de bons moments.
Mais cela ne peut pas durer. La médisance s’en mêle. Au douar, les gens commencent à parler. L’honneur de la famille de Fatiha. Une seule solution pour réparer : les amants doivent se marier. Mais Bouchaïb refuse, sans donner d’explication.
C’est alors que le frère de Fatiha intervient pour tenter de ramener Bouchaïb à la raison : «Tu dois trouver une solution avec ma sœur, on ne peut pas lier les langues des habitants du douar…En plus tu l’as déjà demandée en mariage…». Mais ce dernier ne veut rien entendre, il souhaite s’en tenir à ce que Fatiha ne soit que sa maîtresse.
L’autre s’emporte : «Tu n’as qu’un seul choix : épouser ma sœur…Ma famille ne supporte plus la médisance qui circule au douar…». Le ton se fait soudain menaçant…
En réaction, Bouchaïb rentre chez lui et en revient armé d’un bâton, avec la nette intention de rosser le frère de Fatiha. Très vite, il perd le contrôle de ses nerfs et frappe l’autre à la tête. Le frère de Fatiha ne reste pas les bras croisés sous l’agression : il sort un couteau qu’il dissimulait sous ses vêtements et poignarde Bouchaïb qui s’écroule, mortellement blessé.
A leur arrivée, les gendarmes trouvent la victime étendue morte et son assassin auprès d’elle, prostré.
«Il m’a agressé, M. le président», se défendra le frère de Fatiha, comparaissant en état d’arrestation devant la chambre criminelle près la Cour d’appel d’El Jadida. Et ce couteau qu’il portait dissimulé sous ses vêtements ? «M. le président, je le porte toujours sur moi, parce que je suis souvent amené à rentrer tard  la nuit chez moi…».
La Cour, sensible à la sincérité de cette déclaration, le condamne à 10 ans de réclusion criminelle. Quant à Fatiha, elle écope de deux mois avec sursis et quitte le palais de justice avec un terrible poids sur la conscience : à cause d’elle un homme est mort et l’autre condamné à une longue peine de prison.

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