Pornographie à Tiflet

C’était lundi 12 juin. Le chef du district de police de Tiflet était à son bureau quand une «information est tombée». Un indic lui a confié qu’un certain Zouhaïr Karma, de nationalité tunisienne, demeurant au quartier Al Andalous, conduisait de temps en temps quelques jeunes filles à l’hôtel Ahlane Moghane, sis à la commune Aït Malek, circonscription de Tiflet. Ce Tunisien, qui dispose d’un local pour la vente de casse-croûte, mettait ces filles à la disposition d’un ressortissant français qui séjournait dans ledit hôtel pour quelques jours avant de le quitter.
L’information semblait être importante pour le chef du district. Raison pour laquelle il n’a pas perdu la moindre seconde pour donner ses ordres à ses limiers pour se dépêcher vers le quartier Al Andalous. Pas moins de quelques minutes plus tard, les limiers y sont arrivés à bord d’un fourgon. Un jeune homme, avec une blouse blanche, était au commerce. « C’est toi Zouhaïr Karma ? », lui a demandé le chef de la brigade qui s’est chargé de l’affaire.
Le jeune homme, qui est devenu pâle, a hoché sa tête en signe d’affirmative. « Viens avec nous », lui dit le chef sur un ton sec. Zouhaïr l’a fixé du regard comme s’il ne l’avait pas entendu. Et le chef lui a ordonné de fermer son commerce et de l’accompagner sans bruit. Un ordre qui a été aussitôt exécuté par le Tunisien. Les éléments du district l’ont conduit jusqu’au fourgon qui stationnait pas loin du commerce. Sans menottes, il est monté pour s’asseoir sur un siège, entouré des policiers. Une fois le fourgon a démarré, les badauds qui s’attroupaient autour du commerce ont commencé à s’interroger sur la raison de son arrestation. Seulement quelques curieux ont chuchoté dans les oreilles des autres : « Il est proxénète ». L’est-il vraiment ?
Zouhaïr Karma, âgé de quarante et un ans, père de deux enfants, séjourne depuis belle lurette à Tiflet. Marchand de sandwichs de son état, sa réputation a dépassé le quartier Al Andalous. Seules quelques jeunes filles savaient qu’il faisait d’autres tâches : le proxénétisme et l’intermédiation pour l’émigration.
Au commissariat de police, le Tunisien a craché le morceau. Il a avoué qu’il était en crise matérielle lorsqu’il a fait la connaissance d’un ressortissant français, nommé C. André Michel, qui séjournait à l’hôtel Ahlane Moghane. Ce dernier lui a proposé de chercher quelques jeunes filles acceptant d’être recrutées aux agences touristiques en Suisse et ce contre une commission pour chaque candidate. Pour ce faire, il lui a expliqué que chaque candidate doit être photographiée en tenue d’Eve, soit dans sa chambre soit à la piscine de l’hôtel. Il lui a précisé également qu’il allait coucher avec elle. Sans opposition, le Tunisien s’est lancé dans la recherche de jeunes belles filles pour les présenter au touriste français.
Il lui a présenté, entre autres, J. B et B.C, issues toutes les deux de Khémisset et âgées respectivement de vingt-neuf et de vingt-huit ans, K.L, issue de Salé, âgée de dix-neuf ans et G. A, issue de Tiflet, âgée de dix-huit ans. Arrêtées, ces dernières ont reconnu avoir été présentées par Zouhaïr au ressortissant français qui les a photographiées après avoir partagé avec elles le même lit.
Avant de partir, il leur versait des sommes d’argent allant de trois à cinq cents dirhams. Les quatre jeunes filles arrêtées ont expliqué aux enquêteurs que le ressortissant français leur promettait de les aider à émigrer vers l’Eldorado contre des sommes allant de quarante à soixante mille dirhams. Seulement, elles ne lui ont rien versé avant qu’il soit disparu.
L’enquête policière a identifié plusieurs autres jeunes filles qui ont passé quelques moments dans la chambre du Français et y ont été photographiées toutes nues. Elle a identifié également d’autres personnes qui ont participé à graver les photos des jeunes filles sur des CD dont un employé de l’hôtel qui garde encore l’un de ces CD. L’enquête est toujours en cours pour l’arrestation du Français et de ses complices.
Jusqu’à jeudi dernier, seuls le Tunisien et les quatre jeunes filles ont été traduits en état d’arrestation devant le procureur du Roi près le tribunal de première instance de Khémisset poursuivis pour escroquerie, l’intermédiation à l’émigration, incitation à la débauche, proxénétisme, photos pornographiques et complicité.

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