Pour une insulte, il tue son ami

Pour une insulte, il tue son ami

«C’est le destin qui a choisi sa mort avec mes deux mains…». À voix basse, Mohamed a prononcé cette phrase devant la chambre criminelle près la Cour d’appel d’Agadir. Ce jeune homme représentait, pour ses parents, l’espoir pour une nouvelle vie. Ils voyaient en lui l’avenir et l’espoir de «sortir» de la pauvreté.
Ils espéraient qu’il réussit comme leur voisin, au douar Idourane, région d’Aït Melloul, province d’Agadir. Ce dernier a quitté sa ville natale pour gagner sa vie à Casablanca. Sa situation matérielle s’est nettement améliorée. Les parents de Mohamed souhaitaient le voir réussir sa vie, soit en continuant ses études supérieures pour décrocher un diplôme ou en travaillant pour se faire une petite fortune. Mohamed est-il arrivé à réaliser le rêve de ses parents ? Né en 1970, Mohamed a été inscrit à l’école à l’âge de la scolarisation.
Avec les enfants de son douar, il empruntait quotidiennement le chemin vers l’école tout en rigolant, bavardant, jouant et parfois en se bagarrant. Bien qu’il boite, puisqu’il est handicap moteur, il n’a jamais senti, au moins durant son enfance, qu’il est différent des autres enfants de son âge.
Il n’a senti cette différence qu’après le cycle d’enseignement primaire. Il avait du mal à se rendre au collège qui se trouve plus loin de chez lui. Faute de moyens de transport et ne pouvant faire le chemin en boitant, il a abandonné ses études. Il est resté chez lui à ne rien faire.
Les années passèrent. Convaincu de sa capacité à assumer sa responsabilité et participer aux besoins du foyer parental, il décide de travailler en tant que marchand ambulant des légumes. Son handicap moteur ne l’a pas empêché d’aller d’un souk à l’autre dans la région d’Aït Melloul. C’est là qu’il a fait la connaissance d’Abdelilah. Ce colporteur, la trentaine, est devenu son ami intime. Ils passaient ensemble d’agréables moments à converser, à échanger leurs confidences et à rigoler. Tous les marchands des souks de la région les connaissent et apprécient leur relation d’amitié fondée sur la sincérité et la confiance.
Toutefois, Mohamed n’a jamais apprécié le fait que son ami Abdlilah, le qualifie, bien qu’en plaisantant, de boiteux.
Mohamed lui a demandé à maintes reprises de ne pas se moquer de son infirmité. Certes, Abdelilah lui a expliqué plusieurs fois que son intention n’était pas de l’avilir, mais uniquement de s’amuser avec lui.
Mohamed se sent surtout embarrassé lorsqu’ils est en compagnie d’autres amis.
Un jour, alors qu’ils étaient en compagnie de Saïd et Mustapha, Abdelilah a qualifié, une fois encore, Mohamed de « boiteux ». Énervé, Mohamed l’a insulté au point qu’Abdelilah a tenté de lui donner un coup de poing. Les deux autres amis sont intervenus pour l’empêcher. Après cet incident, chacun est parti de son côté. Cependant, Abdelilah a suivi les pas de Mohamed. Soudain, il l’a saisi par l’épaule et l’a tiré vers lui tout en lui reprochant de l’avoir insulté. À ce moment, Mohamed l’a injurié une fois encore. Hors de lui, Abdelilah l’a saisi par la gorge tentant de l’étouffer. Seulement, Mohamed est arrivé à l’empêcher et est allé rapidement clopin-clopant jusqu’à sa maison. Une demi-heure plus tard, il est sorti un couteau à la main.
Abdelilah, qui l’attendait au seuil de la maison, s’est jeté sur lui en serrant sa gorge entre ses doigts. Pour se sauver, Mohamed a brandi son couteau et il le lui a enfoncé au niveau de son cœur. Abdelilah est tombé par terre. Perturbé, Mohamed s’est présenté de son plein gré au caïd de la région. Ce dernier a téléphoné aussitôt à la gendarmerie royale qui a arrêté Mohamed et l’a traduit en justice.
«Je regrette d’avoir tué mon ami intime, je l’aimais beaucoup…», a-t-il affirmé devant la Cour qui l’a condamné à trente ans de réclusion criminelle.

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