Quand la colère pousse au crime

C’était difficile pour Lahcen d’accepter le fait que son père mène une vie misérable, contrairement à ses oncles. Parmi ces derniers, qui vivent dans le luxe, il y a un avocat, un notaire et un entrepreneur. Son père, par contre, un sexagénaire, s’est toujours débrouillé durant toute sa vie pour subvenir aux besoins de sa femme et de ses trois enfants. Le cœur de Lahcen sombrait dans un océan de chagrin à chaque fois qu’il rendait visite à l’un de ses oncles dans sa villa et retournait chez lui à la maison qu’il occupe avec ses parents et ses deux frères à la rue Abou Ali Al Kali, à Derb Moulay Chrif, à Hay Mohammadi, à Casablanca.
Une maison d’un héritage qui n’a pas encore été partagé entre son père et ses oncles et tantes. "Et si ces derniers décident de la partager, combien sera la part de son père ?", se demandait-il. C’était dur pour lui de chercher la vérité. "Mon père n’a-t-il pas été inscrit, à l’instar de mes oncles, à l’école? Pourquoi mes oncles sont riches et pas mon père ?", s’interrogeait Lahcen. Un tas de question sans réponse. Après quoi, Lahcen a fini par accepter son destin. Il a décidé de travailler dur pour sauver sa famille de la misère qui la rongeait. Seulement, son espoir s’est évaporé dès ses premières années à l’école.
Suite à des échecs successifs, il a été mis à la porte, ne franchissant pas le niveau d’enseignement primaire. Certes, il n’a jamais pensé rester les bras croisés. Il se débrouillait depuis son enfance et durant toute son adolescence pour gagner sa vie. Il a fini par devenir marchand ambulant. Et pourtant, il n’a jamais oublié ses oncles, ses tantes et ses cousins et cousines. Il leur rendait visite de temps en temps. Il les aimait tous sans exception. Ils étaient aimables avec lui. Ils l’accueillaient chez eux comme un frère.
Mardi 9 mai, il a rendu visite à son oncle, Hadj Mohamed, dans sa grande villa située au boulevard Ben Badis, au quartier Aïn Sebaâ. Entrepreneur, âgé de soixante-dix ans, Hadj Mohamed vient de se remarier, il y a une quinzaine de jours. Sa première épouse est décédée, il y a de cela une quarantaine de jours. L’hadj est l’un des bienfaiteurs de la ville de Casablanca.
Il venait souvent en aide à l’hôpital Mohammad V à Hay Mohammadi. Très généreux, il versait plusieurs milliers de dirhams aux nécessiteux. Son frère, qui préside une association de bienfaisance chargée d’aider les malades de cette région, fait de même. Cette générosité a encouragé Lahcen à solliciter l’aide de son oncle. Il ne voulait pas d’argent, mais souhaitait exploiter un local commercial pour son compte. Il s’agit d’un petit local situé au rez-de-chaussée de la maison des héritiers où il demeure avec ses parents et ses frères.
Lahcen ne veut plus rester marchand ambulant. Il voulait devenir marchand de légumes. Hadj Mohamed l’a informé que la clé est gardée par son oncle Hadj Bouchaïb. Lahcen a rejoint ce dernier pour la lui demander. «Non, je ne l’ai pas, c’est Hadj Mohamed qui la détient», lui confie Bouchaïb. Chacun de ses deux oncles lui prétendait que l’autre gardait la clé. Un comportement qui a rendu Lahcen hors de lui. Il est retourné chez lui en pensant à ce que lui est arrivé avec ses deux oncles. Il n’a rien raconté à son père. Il a passé une nuit blanche avant de prendre une décision finale: tuer ses deux oncles.
Le lendemain, mercredi 10 mai, Lahcen s’est rendu au marché aux puces de Hay Mohammadi, a acheté une hache et a pris le chemin à destination de la villa de son oncle Hadj Mohamed. Vers 15 h, il a frappé à la porte. La nouvelle femme de son oncle lui a ouvert la porte. Il l’a poussée violemment au point qu’elle s’est renversée par terre et a perdu ainsi connaissance.
En se réveillant de sa sieste, l’oncle a reçu un premier coup de hache, puis un deuxième et enfin un troisième. Lahcen a aussitôt quitté la villa à destination de la demeure de son oncle Hadj Bouchaïb. En rentrant chez ce dernier, il a remarqué ses cousins. Et il a rebroussé chemin. Dans un état second, il a traversé un long chemin avant d’arriver à Aïn Harrouda. Il semble qu’il n’était pas dans son état normal. C’est ce qui a mis la puce à l’oreille des habitants. Ils ont alerté les gendarmes.
En lui demandant d’où il est venu, il leur a répondu calmement : «J’ai tué mon oncle». Les éléments du district de Hay Mohammadi-Aïn Sebaâ qui avaient entamé déjà leurs investigations ont été informés que Lahcen est entre les mains de la gendarmerie d’Aïn Harrouda.

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