Quand l’alcool pousse au crime

La Chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca. Ahmed se tient devant les trois juges. Le jeune homme est accusé de coups et blessures ayant entraîné la mort de son ami de longue durée, Othman. Personne n’a imaginé que l’un deux pourra faire du mal à l’autre. Les deux jeunes hommes étaient inséparables. Une amitié qui remonte à l’enfance.
En effet, Ahmed et Othman étaient des amis de classe. C’est aux bancs de l’école qu’ils se sont rencontrés la première fois et que leur relation s’est développée au fil des jours. En fin du primaire, ils ont échoué à trois reprises et ont été ainsi renvoyés de l’école.
Cependant, les deux amis continuent à se rencontrer souvent, puisque Ahmed habite dans un quartier proche de celui où demeure Othman. Ce dernier a été embauché par un mécanicien pour s’initier au métier de la mécanique auto. Alors qu’Ahmed a trouvé un emploi chez un marchand de bois au quartier Koréa. De temps en temps ils se rencontraient pour s’enivrer.
«Je n’avais pas l’intention de le tuer», répond Ahmed quand il a été interrogé par le président de la Cour. Une réponse que ce dernier entend souvent par les mis en cause qui se présentent devant lui.
Pour quelle raison sont-ils arrivés à ce stade ?
C’était un samedi, dit Ahmed. Le mise en cause n’a précisé ni la date ni l’heure de la rencontre. « Nous ne travaillons pas l’après-midi », a-t-il indiqué toujours avec les larmes aux yeux. Comme à l’accoutumée, Ahmed et Othman se sont rencontrés. Ils ont pris le bus pour aller au centre-ville. «Nous avons fait un tour au boulevard Mohammed V et nous sommes attablés ensuite dans un café situé à la rue Allal Ben Abdellah », a-t-il ajouté. Après quoi, ils ont acheté deux bouteilles de vin rouge et dix cannettes de bières pour rebrousser chemin à bord de l’autobus. Ils se sont réfugiés dans un coin du quartier où demeure Ahmed.
Là, ils ont commencé à se soûler en pleine rue. Ils bavardaient de tout et de rien. Mais leurs histoires avec les filles dominaient leurs conversations.
Des histoires que chacun a relatées mille fois à l’autre. «Avant-hier, j’ai rencontré Saâdia en compagnie d’Abdelhadi», dit Ahmed à son ami. Saâdia est la maîtresse de Othman. Énervé, ce dernier a craché sur le visage d’Ahmed. Sans réagir, ce dernier lui a affirmé que son intention était de l’informer.
« Tu es jaloux…Tu la traite toujours d’une fille légère parce qu’elle m’a choisi alors que tu l’aimais », lâche Othman sur un ton très nerveux.
Les insultes et les injures commencent à «pleuvoir» sans vergogne. Hors de lui, Ahmed a asséné un coup de poing à Othman.  Ce dernier s’est relevé, a reculé de quelques pas et s’est apprêté à partir. Seulement, Ahmed a brandi un couteau.
Comme un monstre, il l’a attaqué violemment. Il lui a asséné deux coups fatals. Othman s’est effondré. Transporté aux urgences, il a passé de vie au trépas. 
Ahmed a raconté toute cette histoire devant les juges. Prenant la parole, le représentant du ministère public a précisé que le mis en cause avait l’intention de tuer son ami.
Sinon, pourquoi Ahmed n’a pas gardé son couteau caché sous ses vêtements ? s’est-il interrogé. « Ce qui prouve qu’il a l’intention de le tuer… Pour cette raison, le juge coupable pour homicide volontaire avec préméditation», a-t-il déclaré.
Lors de sa plaidoirie, l’avocat du mis en cause a demandé à ce que son client soit jugé pour coups et blessures ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner. «Ahmed ne nie pas cette accusation et réclame, en conséquence, de bénéficier des circonstances atténuantes », a dit l’avocat en fin de sa plaidoirie. Une réclamation prise en consécration par la Cour qui a condamné le mis en cause à 10 ans de réclusion criminelle.

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