Quand le passé revient au galop

Quand le passé revient au galop

Elle était chez elle, à Chemaïa, dans la région des Doukkala-Abda. C’était le samedi 12 février, vers 21 h. Elle était entourée de ses trois filles. Toutes les quatre regardaient la télévision. Et le père de la famille ? Il était encore dehors. De coutume, il rentrait tard. C’est pourquoi elles ne s’inquiétaient jamais de son absence. Tout d’un coup, elles ont entendu des coups forts et successifs à la porte. Qui frappait ainsi ? Le père de famille ? Il n’a jamais donné des coups pareils à la porte. La mère a fixé ses trois filles, sans dire un mot. Elles entendaient encore des coups à la porte. Elle s’est levée et leur a demandé de ne pas bouger de leur place. Tout doucement, elle s’est avancée vers la porte. Et elle l’a ouverte. Devant elle, se tenait un jeune homme, armé d’un couteau de boucher, son tricot et blue-jeans étaient maculés de sang. Il n’arrivait pas à se tenir debout. Il semble qu’il était sous l’effet de l’alcool. Elle n’a pas cru ses yeux. Bouche bée, les yeux hagards, elle a reculé d’un pas sans fermer la porte. Qui est-il ? Que voulait-il d’elle ? Elle ne lui a pas adressé la parole. Elle est restée plantée à sa place. «Je suis Lahbib. J’ai poignardé ton mari. Tu peux le sauver. Il est tombé par terre dans la rue Drabla», lui a-t-il lancé sans ajouter un mot. Et il lui a tourné le dos pour partir. Comme une folle, elle a mis sa djellaba et est sortie à destination de la rue Drabla. La rue n’était pas loin de chez elle. Elle était à une centaine de pas. Et voilà des badauds qui s’attroupaient autour de son mari, encore en vie, gisant dans une mare de sang. Elle a lancé un cri strident avant de perdre conscience. Les uns sont intervenus pour l’aider à reprendre conscience et les autres ont pris l’initiative de téléphoner aux éléments de la Gendarmerie royale et de la protection civile. L’épouse a repris conscience et s’est adressée aux limiers de la Gendarmerie royale : «C’est Lahbib qui l’a agressé. Il me l’a dit avant de disparaître». Pas moins de quelques secondes plus tard, son mari a rendu l’âme. Son cadavre criblé de coups de couteau a été évacué vers la morgue de la ville de Safi. Les enquêteurs se sont lancés à la recherche de Lahbib à travers les ruelles de Chemaïa. Ils ne l’ont arrêté que trois heures plus tard, le dimanche 13 février vers 2h du matin. Le couteau à la main, il titubait. Ils l’ont conduit au poste de la Gendarmerie. Ils ne l’avaient soumis aux interrogatoires qu’une fois qu’il a repris conscience. «C’est moi qui l’ai blessé avec mon couteau. Je voulais me venger de lui», a-t-il répondu à la première question du chef de la brigade. Pourquoi se venger de lui ?
«Il a abusé de moi il y a quelques mois quand nous étions sous l’effet de l’alcool et il m’a demandé encore une fois de coucher avec lui», a ajouté Lahbib aux enquêteurs. Au début, Lahbib avait envie de se soûler et non pas de se venger. Il a acheté un trois-quarts de litre d’eau-de-vie. Il a commencé à picoler. Tout d’un coup, il a croisé la victime. Il l’a invitée. La victime n’a pas refusé. Et tous les deux ont commencé à s’enivrer. À un moment donné, la victime a demandé à Lahbib de lui céder. Celui-ci s’est abstenu. Et l’image de son premier viol a déferlé devant ses yeux. Pour la chasser définitivement, il a décidé de tuer celui qui l’avait violé. Et il est passé à l’acte.

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