Quand les ordures ménagères tuent

Quand les ordures ménagères tuent

Dès que le président de la Cour l’appelle à la barre, cette mère de famille fond en larmes. Il la sollicite de se calmer. Mais en vain. Ses trois enfants, dont une jeune fille, se trouvent parmi l’assistance à la salle d’audience de la chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca.

Ils ne savent à quel saint se vouer. Ils n’ont jamais pensé voir leur mère, âgée de quarante-six ans, dans le box des accusés, poursuivie en état d’arrestation pour coups et blessures ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner. Leur mère arrive enfin à s’exprimer pour dire qu’elle ne voulait pas tuer sa voisine. Le président la rassure en lui disant que même le parquet général ne l’a pas accusée d’homicide volontaire, prenant en considération qu’elle n’avait pas de dessein de commettre ce meurtre.
Selon le procès-verbal de son audition, cette mère de trois enfants était chez elle quand sa voisine l’a appelée pour lui reprocher le fait d’avoir jeté les ordures ménagères près de son domicile.

«Je lui ai expliqué que je n’ai rien jeté devant son domicile, mais que j’ai posé le sac en plastique renfermant les ordures juste à l’entrée de ma porte. Mais, elle ne voulait pas me croire. Elle m’a traitée de menteuse», précise la mise en cause devant les trois magistrats de la Cour.
Et les deux femmes de se lancer dans une altercation verbale, chacune étalant son savoir en matière d’injures.

«A un moment donné, elle s’est approchée de moi et m’a giflée», précise-t-elle tout en expliquant qu’elle s’est défendue en lui arrachant les cheveux.
Dans le procès-verbal de son audition, il a été consigné que la mise en cause a saisi sa voisine par les cheveux pour lui cogner la tête contre le mur de la ruelle. Elle ne l’a relâchée qu’une fois avoir remarqué le sang qui coulait de son front.

«Je me suis juste défendue M. le président… Je l’ai poussée pour qu’elle ne me touche pas encore une fois, mais elle est tombée par terre», poursuit-elle.
Mais ses voisines qui ont prêté serment devant la Cour ont attesté qu’elle lui a effectivement cogné la tête contre le mur et qu’elles sont intervenues pour les séparer.
Verdict : Jugée coupable pour coups et blessures ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner, elle a été condamnée à 5 ans de réclusion criminelle après avoir bénéficié des circonstances atténuantes.

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