Six ans de prison pour avoir violé et volé

Jeune et costaud, Abdallah comparaît, ce jour de décembre, devant les magistrats de la chambre criminelle près la cour d’appel de Casablanca.
«Tu es accusé de constitution d’une bande de malfaiteurs, vol qualifié, viol et trafic de drogue», lui lance le président de la cour en feuilletant les différentes pièces du dossier.
Abdallah baisse les yeux puis répond : «Je suis innocent, M. le président».
Les magistrats de la cour se sont habitués à cette phrase qui est devenue le refrain traditionnel des prévenus. Ils ne s’étonnent plus de ces déclarations qui contredisent résolument les aveux consignés sur les procès-verbaux d’auditions. Ils se sont habitués également aux accusations plus ou moins explicites portées à l’encontre de policiers dont on se demande quel intérêt ils auraient à arrêter des innocents…
Le dossier de l’affaire de Abdellah révèle que ce natif de Settat en 1977 a accompagné ses parents lorsque ces derniers sont venus s’installer à Casablanca. Il a poursuivi ses études jusqu’à la troisième année de l’enseignement fondamental, après quoi il s’est trouvé oisif, entre le domicile de ses parents et les sorties avec ses camarades du quartier. Avec fatalement, la “pente vers la marginalisation“ qui commence par le hachish, puis l’alcool et finit dans les psychotropes. Sachant que les toxicomanes ont besoin de plus en plus d’argent au fur et à mesure que croît leur addiction… D’où l’entrée en délinquance, poussée par le besoin d’argent.
Devant le président de la cour, qui le presse de questions implacables, Abdellah est désemparé. Il ne peut empêcher le tribunal d’étaler les erreurs et les mensonges de sa vie.
Le procès-verbal dressé par les enquêteurs explique que Abdellah a commencé sa carrière criminelle par le racket des habitants de son quartier. Ceux qui refusaient de payer, il les agressait et les terrorisait. Au point que jamais personne n’avait osé le dénoncer. Il a fallu attendre qu’une femme soit agressée et se décide à porter plainte pour que la police puisse intervenir pour l’arrêter. Abdallah a donc été recherché partout. En vain. Il semble s’être volatilisé. Puis voilà qu’il réapparaît quelques semaines plus tard, mais loin des yeux des policiers.
Pour son retour aux “affaires de vol“, Abdallah s’est associé à deux complices, son frère et l’un de ses amis. Tous les trois ont profité de l’absence du mari de Zahra pour faire irruption, de nuit, chez celle-ci. La menaçant avec leurs couteaux, ils l’ont violée à tour de rôle, sous les yeux de son petit garçon, avant de s’enfuir et non sans avoir fait main basse sur cinq cents dirhams et une radiocassette.
L’opération de ratissage organisée par la police immédiatement après la plainte de l’infortunée s’est soldée par l’arrestation des deux complices d’Abdellah, tandis que ce dernier réussissait à s’enfuir.
Nouvelle réapparition quelques jours plus tard : agression et viol. Son univers de prédilection : les terrains vagues où il entraîne ses victimes pour les violer et les dévaliser. Jusqu’à ce qu’il tombe sur Khadija, vingt-deux ans, qui parviendra à s’enfuir d’entre ses griffes, se réfugier chez des particuliers résidant à quelques mètres du terrain vague où elle avait été entraînée. Alertés par ces braves gens, les policiers se sont dépêchés aussitôt à effectuer un bouclage des lieux.
«Tes victimes ont porté plainte contre toi et toutes t’ont reconnu !» conclut le président de la cour, en rappelant à Abdallah que les enquêteurs ont saisi sur lui une quantité de trois cents grammes de haschisch.
Mécaniquement et contre toutes les évidences, Abdalah s’entête à nier. Le verdict n’a surpris personne : il a été jugé coupable et condamné à six ans de réclusion criminelle. Quant à ses deux complices, ils ont écopé chacun de deux ans de prison ferme.
Six ans de réclusion criminelle. Au terme desquels Abdallah aura payé sa dette envers la société. Mais avec quelles perspectives de réintégration ?

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