Tué pour avoir défendu une fugueuse

Tué pour avoir défendu une fugueuse

Zaïneb a seize ans. Elle sent que plus rien ne la retient chez elle, au sein de sa famille qui vit dans la périphérie de Fès. Car les siens sont trop pauvres pour lui permettre de rêver d’un avenir meilleur. La preuve, le fait qu’elle a dû abandonner, dans l’indifférence familiale, sa scolarisation. La voici face à elle-même, refusant de se résigner au statut de petite bonne au service d’une famille aisée, contrainte de remettre à ses parents le fruit de son dur labeur.
Elle a une décision à prendre, qu’elle mûrit d’ailleurs depuis longtemps : la seule solution est de partir, quitter sa famille, s’enfuir. C’est l’inconnu qui s’ouvre devant elle mais elle préfère mille incertitudes à réalité de sa vie d’enfant négligée et de bonne exploitée.
Partir, mais où ? Pour ne pas attirer l’attention, Zaïneb commence par prendre la décision de partir sans bagages.
Au prix de mille précautions, elle réussit à sortir de chez elle sans se faire remarquer. Les voisins du quartier qui la croisent, sont loin de se douter de ses intentions. Elle marche, longtemps, jusqu’au centre de la ville de Fès.
Personne ne fait attention à elle, sauf un jeune homme qui l’a aperçue et qui l’a suivie jusqu’à ce jardin où finalement, elle décide de s’installer, le temps de reprendre son souffle, de se détendre un peu, de réfléchir, de prendre une nouvelle décision.
Zaïneb n’est ni belle, ni laide et sa silhouette n’est pas particulièrement attirante. Pourtant ce jeune homme, âgé d’une trentaine d’années, l’a suivie comme son ombre. Jusqu’à venir s’asseoir à côté d’elle sur le banc de ce jardin public où ils sont comme seuls au monde.
Zaïneb est certes intimidée, sans doute même effrayée par la présence du jeune homme qui semble s’intéresser à elle.
Elle n’a pas l’habitude de fréquenter des garçons et cette situation, éminemment nouvelle pour elle, la paralyse. Elle s’efforce donc de fixer un point situé entre ses pieds, mais ne peut s’empêcher d’entendre ce que le jeune homme se met à lui murmurer : « Il semble que nous sommes tous les deux seuls sur cette terre ».
Cette petite phrase l’encourage à se tourner vers le jeune homme pour découvrir son visage et même à lui sourire, comme pour l’encourager à lui dire d’autres paroles aussi réconfortantes.
«Je m’appelle Aziz, et toi ?», lui demande son ange gardien.
Zaïneb n’hésite pas une seconde à lui confier son prénom. Puis, presque sans transition, à lui raconter son histoire.
Aziz n’est pas homme à laisser passer de telles occasions. D’autant qu’il prend sincèrement la jeune fille en compassion. C’est ainsi qu’il invite la jeune fille à venir partager la petite chambre qu’il occupe au quartier Chaâbi, au moins jusqu’à ce qu’elle décide quoi faire.
Sans prononcer le moindre mot d’assentiment, Zaïneb suit le jeune homme jusqu’à chez lui. C’est ainsi que la vie commune a commencé entre les deux.
Aziz s’en allait le matin pour travailler et ne rentrait que le soir. Dans sa petite chambre, il trouvait alors Zaïneb qui avait passé la journée à l’attendre.
Deux jours plus tard, Zaïneb s’était sentie suffisamment en confiance pour partager le lit de Aziz, qui se montrait respectueux de sa virginité. Pour elle, les attentions de cet homme, sa tendresse, étaient le comble du bonheur, après les misères de sa vie passée.
Surtout que Aziz, en plus de la consoler, de prendre soin d’elle et de la nourrir, lui offrait de temps en temps une promenade au centre-ville, comme s’ils étaient un couple comme les autres.
Mais il était écrit que cela ne devait pas durer. C’est ainsi que lorsqu’ils s’apprêtaient, en ce début de soirée du premier jour du Ramadan, à quitter le quartier pour une promenade en amoureux, ils se heurtèrent à Saïd, un mauvais garçon du quartier, apparemment pas d’humeur amicale.
Saïd interpelle Aziz d’un ton brutal: «je veux cette fille, vas-t-en et laisse la moi !»
«Tu t’imagines vraiment que je vais abandonner cette fille qui m’a fait confiance et qui est sous ma responsabilité ? Tu ferais mieux de déguerpir avant que je te casse la…» Aziz n’a pas le temps de finir sa phrase. Saïd s’est jeté sur lui et l’a poignardé d’un fatal coup de couteau.
Saïd a été arrêté et traduit en justice mais son châtiment pourra-t-il consoler la douleur de Zaïneb, cruellement frappée par la mort du seul être qui l’ait jamais réellement aimée.

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