Tué pour un demi-litre de lait

Tué pour un demi-litre de lait

Saïd est très content. Il sera enfin père. Il attendait depuis longtemps son premier enfant. Âgé de 40 ans, il souhaite entendre le mot "papa".
Marié tardivement, il implorait Dieu, jour et nuit et durant les cinq prières, de lui réaliser son rêve.
Tous ses amis de son douar, dans la région de Taroudant, se sont mariés et ont des enfants.
Il y a même parmi eux, ceux qui ont des enfants dont l’âge dépasse la vingtaine.
Il regrettait beaucoup le fait de rester célibataire jusqu’à trente-neuf ans. Certes, sa situation matérielle ne l’a pas encouragé de prendre l’initiative de chercher une femme pour l’épouser. Il n’avait pas un emploi stable, ce qui ne faciliter pas la chose pour lui.
Après avoir quitté définitivement l’école, Saïd gagnait sa vie en travaillant en tant qu’aide commerçant chez des marchands de son douar qui disposent de commerces à Casablanca, Rabat, Tanger, El Jadida, Essaouira…etc. Mais il ne voulait plus travailler avec eux.
Car, il ne gagnait que des bribes, qui ne lui suffisaient pas pour subvenir à sa famille. Ainsi, il a décidé d’acquérir son propre commerce à Oujda. Des amis installés dans cette ville lui ont promis de le soutenir.
Il a loué un local de commerce situé au boulevard Allal Al Fassi. Ses amis du douar, qui disposaient de commerces dans la capitale orientale, l’ont aidé à réunir le budget qu’il fallait.
C’est à ce moment qu’il est retourné à son douar pour se marier. Après quoi, il est retourné à Oujda pour reprendre son activité. Il partageait son temps entre Oujda et son douar pour passer quelques jours avec sa femme. Il lui téléphonait également assez souvent pour avoir de ses nouvelles.
«Je suis enceinte», lui a-t-elle annoncé un jour. Il était aux anges. Une joie immense envahit son cœur.
Depuis, il lui téléphone quotidiennement pour s’assurer que tout allait bien. Par peur qu’il n’arrive malheur à son futur bébé, il lui demandait de ne pas faire d’efforts. L’impatience grandissait de jour en jour.
Il n’imaginait à aucun moment ce qui allait lui arriver.
Un jour, il était à son commerce. Vers 10 h du matin, Bouchaïb s’est présenté devant lui. C’est un habitant du quartier, âgé de vingt-trois ans. Il est très connu pour être bien discipliné : il n’a jamais fumé de cigarette, ni de joint ni bu un brin d’alcool. Toutefois, il avait les nerfs à vif. Car cet homme, qui ne pensait qu’à quitter son pays pour rejoindre l’autre rive de la Méditerranée, vivait dans la précarité.
La vente de légumes à la place Sidi Yahia ne lui rapportait pas grand-chose. Ce jour-là où il allait perpétrer son crime, il n’avait même pas trouvé de quoi manger dans sa cuisine. N’ayant aucun sou dans ses poches, il ne savait pas comment il allait acheter du lait pour son petit-déjeuner.
Que devait-il faire ? Il est sorti de chez lui et s’est présenté devant le commerce de Saïd. Il lui a demandé un demi-litre de lait. «Je vais te payer plus tard…», a-t-il promis au commerçant. Seulement ce dernier a refusé. Estimé être humilié, Bouchaïb a perdu contrôle de ses nerfs.
Les injures ont cédé la place aux coups de poing. La vitrine du commerce n’a pas été épargnée.
A ce moment, Saïd a perdu contrôle de ses nerfs. Il est sorti de son commerce armé d’un bâton. Quand il s’est apprêté à répondre au coup de Bouchaïb, ce dernier a sorti un couteau et lui a asséné deux coups mortels. Et il est resté à côté du cadavre jusqu’à l’arrivée de la police qui l’ont conduit, après son interrogatoire, à la Cour d’appel.

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