Un comédien tué par sa bonne

Nous sommes lundi 23 octobre, dernier jour du mois de Ramadan. Son ami s’attendait à trouver Abdeslam Zakaria chez lui, dans son petit appartement du quartier Bournazel à Casablanca. Car, comme à l’accoutumée, il devait lui apporter son plateau de ftour pour la rupture du jeûne.
Abdeslam Zakaria serait-il donc seul au monde ? En fait, ce comédien âgé de soixante-quatorze ans, veuf depuis plusieurs années, a vu ses six enfants, trois garçons et trois filles, partir s’installer aux Etats-Unis et au Canada.
Il faut dire que le défunt, natif de l’ancienne médina de Casablanca, n’était pas homme à se faire plaindre. On le connaissait bien davantage pour son sourire, son humour, ses blagues et ses malices qui avaient le don de dérider les plus tristes. C’est d’ailleurs cet humour irrésistible qui l’avait conduit, au début des années 90, à jouer le rôle clé d’une célèbre émission de caméra cachée. Abdeslam Zakaria s’était ensuite illustré lors de sa participation au feuilleton «Setta Men Settine».
Jouissant d’une excellente réputation et sincèrement pieux, Abdeslam Zakaria n’était pas homme à se faire des ennemis. Ce qui explique que la nouvelle de son assassinat avait plongé tous ses amis dons un profond désarroi et une totale incompréhension.
Voici donc l’ami du défunt devant la porte de l’appartement, son plateau à la main. Il frappe à la porte, pas de réponse. Il insiste. En vain. Abdeslam ne réagit pas. Son ami se rend compte alors que la porte n’est pas verrouillée et se décide à pénétrer dans l’appartement.
C’est alors qu’il découvre le corps de Abdeslam Zakaria, étendu par terre, sans vie, baignant dans une mare de sang. Une vision d’horreur. Il n’en croit d’ailleurs pas ses yeux. Qui a donc pu assassiner son ami ? Et pourquoi ?
La nouvelle se propage aussitôt dans tout le quartier Bournazel. Aussitôt alertée, la police se dépêche sur les lieux. Qui fréquentait l’appartement du défunt? s’interrogent les enquêteurs de la police judiciaire préfectorale de Casablanca. Son ami, répondent les voisins.
Est-il suspect pour autant ? Non, concluent les enquêteurs. Alors, vers qui d’autre orienter leur suspicion ?
L’investigation policière est engagée avec énergie et célérité. L’enquête minutieuse ainsi menée finit, une semaine plus tard, par porter ses fruits. Les policiers identifient l’auteur du meurtre : il s’agit de Khadija, mère de famille, divorcée, quadragénaire, qui venait, l’avant-veille, de prendre ses fonctions chez sa victime en qualité de femme de ménage.
Comment Abdeslam Zakaria aurait-il pu se douter que cette femme n’en voulait en réalité qu’à ses biens ? Au point de projeter de l’assassiner de toute façon ?
L’enquête révèle en effet que samedi, alors qu’elle venait prendre son service, la femme était armée d’un coutelas. Une arme qu’elle dissimule dans la cuisine, derrière une bonbonne de gaz. Le moment propice lui est apparu alors que Abdeslam s’apprêtait à accomplir la prière d’Al Âsr. Elle s’est donc rendue à la cuisine, s’est emparée du couteau et lorsque Abdeslam s’est prosterné, l’a frappé à la tête.
Mais le coup n’a pas suffi. Abdeslam est parvenu à se relever. C’est alors que Khadija l’a assommé à l’aide d’un chandelier qui se trouvait à sa portée. Abdeslam est alors tombé à la renverse, la tête dans une vitrine du salon, et a rendu l’âme quelques minutes plus tard.
Khadija a fait main basse sur 1200 dirhams, quelques bijoux en or et un téléphone portable avant de disparaître. Mais pas pour longtemps. Une semaine plus tard, dimanche dernier exactement, elle était arrêtée.
Traduite, hier mercredi, devant le parquet général près la Cour d’appel de Casablanca, elle risque la peine de mort.
Les amis de Abdeslam sont inconsolables. Le public et la famille du spectacle ne l’oublieront jamais.

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