Un enseignant sous les verrous

Un enseignant sous les verrous

Janvier 2006, chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Khémisset. Mohamed, enseignant de son état, est au banc des accusés. Il est poursuivi pour escroquerie. En matière juridique, l’escroquerie n’est pas un crime mais un délit. Toutefois, cette infraction est également sanctionnée par une peine.
Portant un costume bleu et des chaussures noires, il répond à l’appel du président du tribunal en avançant vers la barre.
Ses trois victimes sont également présentes à l’audience. Sur ordre du magistrat, elles quittent la salle pour attendre dans le hall. La cour entendra ultérieurement leurs témoignages.
« Tu es accusé d’escroquerie, qu’en dis-tu ? », lui lance le président du tribunal.
Sur un ton ferme, Mohamed nie l’accusation. Il affirme à la cour qu’il s’agit d’un coup monté par ses détracteurs.
Quel intérêt auraient ses victimes à l’accuser d’escroquerie ? A-t-il vraiment arnaqué ses victimes ou non ? Le procès-verbal établi par la police de la ville conclut qu’il a effectivement volé ceux qui l’accusent aujourd’hui. Un moment plus tard, la cour appelle à la barre la première victime, Abdellah. Ce dernier déclare qu’il a fait la connaissance de Mohamed par l’intermédiaire d’une autre personne. Celle-ci lui avait expliqué que Mohamed dispose de quelques contrats de travail en France. Sans emploi depuis belle lurette, Abdellah se débrouillait comme il peut pour gagner sa vie. Il était prêt à payer n’importe quel prix pour avoir un travail stable.
Selon ses déclarations, le mis en cause lui a demandé une somme de 15.000 dirhams. Abdellah lui a versé 12.000. Le reliquat de la somme devrait être versé après obtention du contrat.
Abdellah, qui rêve déjà de sa nouvelle vie dans l’Hexagone, attendait impatiemment le fameux contrat. A chaque fois, Mohamed lui donne des prétextes genre "je n’ai pas encore reçu le contrat de mon cousin installé en France".
Appelée par la cour, la deuxième victime, Slimane, a affirmé au magistrat que le mis en cause lui a promis un travail pour son fils licencié en droit privé dans un établissement public. Il lui a expliqué que son cousin, chauffeur d’un membre des forces auxiliaires, au grade de général, peut lui apporter son aide contre une somme d’argent.
Slimane a précisé au tribunal : « Je l’ai cru surtout qu’il est enseignant. J’avais confiance en lui». L’enseignant lui aurait demandé au départ une somme de 25.000 dirhams. Seulement, après marchandage, il a fini par accepter l’offre du père, 20.000 dirhams. «Il m’a fait croire qu’il ne gagnerait qu’une somme dérisoire de l’ordre de deux mille dirhams et que le reste serait remis au général», a-t-il ajouté au tribunal.
Quant à la troisième victime, un cadre d’orientation à la délégation de l’Enseignement de Khémisset, elle a perdu par cupidité la bagatelle de 500.000 dirhams. L’accusé lui a appris qu’il est capable d’exhumer un trésor, évalué à plus d’un milliard de dirhams, enterré dans une région d’Ouazzane. Il lui a précisé qu’il avait besoin d’une importante somme d’argent pour acheter des produits susceptibles d’éloigner les “Jnouns“ du trésor. Le prix de ces produits est de 500.000 dirhams, selon l’enseignant. Avide d’argent, le cadre d’orientation rêve de devenir milliardaire. Il a par conséquent, accepté l’offre de l’imposteur, qui n’a plus donné signe de vie. Les jours passèrent sans aucune nouvelle de l’enseignant ni du trésor. Convaincu qu’il était victime d’un escroc, le fonctionnaire s’est dépêché au commissariat pour déposer plainte. Mohamed est-il donc coupable ou non ? Le tribunal l’a jugé coupable et l’a condamné à 20 mois de prison ferme assortis d’une amende de mille dirhams, de dommages et intérêts en faveur de ses victimes allant de 12 à 60 mille dirhams.

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