Un fkih condamné à 20 ans de prison

Ahmed a-t-il vraiment empoisonné sa jeune femme, Khadija ? Pour tirer l’affaire au clair, la tâche n’était pas de tout repos pour les enquêteurs. Ahmed, qui comparaissait devant la chambre criminelle, premier degré, près la Cour d’appel d’El Jadida, a clamé son innocence tout au long de son interrogatoire.
Khadija n’était pas sa première femme. Ce fkih, sexagénaire, s’est marié à deux reprises avant elle. Si sa première femme est décédée, sa deuxième a été répudiée.
Et Ahmed est resté seul dans son foyer surtout après le départ de ses enfants dont certains se sont mariés et d’autres ont quitté le douar pour s’installer ailleurs. Tout le monde au douar le connaît et l’apprécie surtout qu’il est un fkih.
Les habitants du douar l’invitaient à chaque occasion pour psalmodier en compagnie d’autres fkihs de la région le Coran.  Certains habitants se rendaient chez lui pour les exorciser ou pour leur préparer des encens ou des amulettes.  Ahmed participait également à ce qu’on appelle communément en dialecte arabe, «Doura de Tolba», pour réciter le Coran et amasser les aumônes que leurs versaient les bienfaiteurs. C’est lors de ces événements qu’il a rencontré Khadija, qui a l’âge de l’une de ses petites-filles. Il l’a désirée. Il a décidé alors de la demander au mariage. Sans hésitation, il fait la demande à ses parents qui ont accepté. Deux semaines plus tard, la jeune fille était sous le même toit avec son époux, le fkih Ahmed. Au fil des mois, la jeune fille a commencé à rêver d’un nouveau-né. «Je ne veux plus d’enfants, j’en ai eu assez», lui disait son mari. Une position qui n’a pas plu à Khadija qui a quitté le foyer conjugal et s’est installée chez ses parents. Une semaine plus tard, son mari l’a rejoint pour la ramener. Quelques semaines plus tard, Khadija est tombée enceinte. Cependant, elle a fait une fausse-couche. Puis une deuxième et une troisième… Ahmed, qui semble être satisfait, refusait de la conduire à la ville d’El Jadida pour la faire examiner par un médecin. Ce qui mettait Khadija en colère et le poussait à se réfugier chez sa famille. Mais son mari la rejoignait à chaque fois pour la ramener au foyer conjugal.  Au fil du temps, au problème des enfants qui brume de temps en temps leur relation, s’ajoute un autre problème relatif à un lot de terrain. Ce dernier appartient à Khadija, mais son mari ne cessait de lui demander de lui accorder une procuration lui permettant d’agir en son nom. Cependant, lors de son dernier retour au foyer conjugal, elle a gardé le contrat de propriété de lot de terrain chez ses parents. Ce qui a rendu Ahmed furieux.  Un soir, Ahmed et Khadija dînaient ensemble. Au moment où elle se levait pour aller à la cuisine, elle a senti des douleurs au niveau de ses intestins et de son estomac. Qu’est ce qui lui est arrivé ? Ahmed s’est précipité au poste de la gendarmerie pour leur demander d’appeler la protection civile afin qu’elle évacue son épouse à l’hôpital. Au service de réanimation, la femme a rendu l’âme. Et les médecins ont alerté la police que la défunte a été empoisonnée par un insecticide. Chose qu’Ahmed a rejetée en bloc. «Je lui donnais seulement un panaché d’herbe médicinale (connue communément par Harmal, Khouzama et Kabbar) pour éviter une nouvelle fausse-couche», affirme-t-il aux enquêteurs. Toutefois, ces derniers ont trouvé un insecticide dans le foyer conjugal. «Non, M. le président, je ne l’ai pas empoisonnée», a-t-il répondu à la Cour. Seulement, la cour l’a jugé coupable. Elle l’a condamné à 20 ans de réclusion criminelle assortie de dommages et intérêts de 60 mille dirhams versés aux parents de la défunte.

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