Un fratricide horrible à Fès

Un fratricide horrible à Fès

Chambre criminelle près la Cour d’appel de Fès. Quand Abderrahmane fut amené devant le juge, il n’a pas pu retenir ses larmes. Ses regards se croisèrent avec ceux de sa femme accompagnée de ses trois enfants. Il n’avait pas vu ses enfants depuis quelques mois, plus précisément depuis le jour de son arrestation par les gendarmes. Sa femme lui rendait de temps en temps visite. À défaut d’argent, la jeune femme ne pouvait pas les conduire chaque semaine voir leur père à la prison. « Abderrahmane… », appelle le président de la cour qui parcourait le dossier de l’affaire. Abderrahmane avance vers le box des accusés, toujours les larmes aux yeux. Âgé de quarante ans, l’homme n’hésitait pas à tourner sa tête pour lancer un regard furtif à sa femme et à ses trois enfants. Seulement, le président de la cour lui a demandé de ne plus se retourner.
«Tu es accusé d’homicide volontaire avec préméditation», lui rappelle le président de la cour. L’homme n’est pas un repris de justice. De taille moyenne, il paraissait incapable de faire du mal à une mouche. Abderrahmane pleurait comme un enfant. Quelles sont les circonstances qui l’ont poussé à commettre son crime ?
Depuis le drame, Abderrahmane ne dort plus. Il fait des cauchemars effrayants. Ces derniers sont récurrents et lui rendent la vie un enfer.
 Il regrette son acte. Abderrahmane a tué son frère aîné de deux ans, Driss, l’unique oncle de ses trois enfants. Depuis la mort de leurs parents, Abderrahmane et Driss habitent ensemble au même foyer paternel. Ils se sont mariés et ont fondé des familles. Des enfants sont venus au monde pour leur égayer la vie. Ils n’ont jamais pensé déménager du foyer paternel. Par respect à la volonté de leurs défunts parents, ils sont restés ensemble sous le même toit. En fait, les deux frères se respectaient et s’aimaient. L’un soutenait l’autre en cas de besoin. Cependant, les choses ont changé après leur mariage. De nombreux malentendus venaient gâcher leur vie. Des querelles éclataient continuellement ente eux. Les deux frères qui étaient des amis sont devenus des ennemis. Et chacun d’eux a commencé à éviter l’autre. Ainsi, la vengeance commence à naître.
Abderrahmane a décidé de ne plus payer sa part des frais d’électricité. «Tu dois payer ta part», lui a dit Driss. Têtu, Abderrahmane s’est abstenu de lui verser le moindre sou. « Je vais profiter de l’électricité sans rien payer», lui a-t-il répondu sur un ton enragé. Deux mois plus tard, Driss a décidé de lui couper le courant électrique.
Abderrahmane a commencé à utiliser les bougies. Il a demandé à son frère de rétablir le courant électrique. Mais en vain. Une nouvelle dispute éclate entre les deux frères. Ils échangèrent des insultes. Le ton est monté d’un cran. Fou de colère, Driss est retourné dans sa chambre, a saisi un bâton, avec lequel il a frappé son frère. Hors de lui, Abderrahmane s’est enfui vers sa chambre. Il a disparu durant quelques minutes pour qu’il réapparaisse un couteau à la main. Sans hésiter, il a enfoncé l’arme blanche dans le ventre de son frère, puis au niveau du côté du cœur. Driss meurt sur le champ. Devant les gendarmes qui l’ont arrêté, Abderrahmane reconnaît avoir tué son frère. Devant la cour, il plaide l’homicide involontaire. Malgré tout, il a été condamné à trente ans de réclusion criminelle. Quand il sera relaxé, le benjamin de ses trois enfants aura trente-quatre ans.

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