Un hypnotiseur sous les verrous

Un hypnotiseur sous les verrous

Quartier Aïn Chock, Casablanca, janvier 2007. A pas lents, Meryem se dirige vers l’école. Son cartable à la main, elle est, comme d’habitude, seule. Tout à coup, un jeune homme l’arrête. Vêtu d’un costume bleu, d’une chemise de couleur claire et chaussé d’une paire de chaussures noires, il lui lance un sourire pour la rassurer. Que veut-il d’elle ?
«S’il te plaît, je cherche l’école Unetelle», lui dit-il en gardant toujours le même sourire.
Meryem le fixe intensément. Elle n’avait jamais entendu parler de cette école. Du moins à Aïn Chock.
«Non, aucune école ne porte ce nom à Aïn Chock», lui répond-elle.
Le jeune homme insiste. Mais, Meryem est absolument sûre de ce qu’elle avance. Elle jette un regard furtif à sa montre : il est encore tôt pour son cours de l’après-midi. Elle peut donc  mieux le renseigner. Ce qu’elle a commencé à faire lorsqu’un un autre jeune homme en djellaba intervient : «Que cherchez-vous ?». «L’école Unetelle», répond le jeune homme en costume bleu. «Il n’y a aucune école de ce nom à Aïn Chock», confirme-t-il. Meryem fait un pas en arrière, histoire de les laisser discuter et de poursuivre son chemin. Le jeune homme à la djellaba lui demande alors d’attendre un peu. Pourquoi ? Elle ne sait rien. «As-tu eu un problème ? Que puis-je faire pour toi ?», lui lance-t-elle. Fille de bonne famille, Meryem est serviable et sans problèmes. «Que puis-je faire pour vous ?», insiste-t-elle. Ce à quoi l’homme à la djellaba blanche rétorque qu’il veut lui rendre service. «Tu es ensorcelée», lui lance-t-il sur un ton sec. «Je suis un "Chrif" de la zaouia Moulay Abdeslam, je dispose d’une "baraka" spéciale qui me conduit vers les gens touchés par le mal…», lui explique-t-il.
Abasourdie, Meryem ne sait quoi répondre à l’inconnu. Ce dernier se met alors en devoir de la convaincre par n’importe quel moyen. Il met la main droite dans sa poche et sort une petite pierre de couleur grise qu’il lui tend. Meryem la prend et conformément à ce que l’homme lui a dit d’en faire, elle la met sur le thorax, près du cœur. L’homme lui demande alors de la lui restituer. Et là, surprise ! La couleur de la pierre a changé. Elle n’est plus grise, mais marron. Stupéfaite, Meryem garde le silence. Le jeune homme au costume bleu qui a assisté à la scène s’exclame alors : «Dieu est Grand», avant de s’en aller. Le jeune «Chrif» dit alors à Meryem que le jeune homme qui vient de partir a deux mille dirhams en poche et garde chez lui vingt mille dirhams. Il appelle le jeune homme au costume bleu et lui dit : «Sors les 2000 mille dirhams de ta poche». Ce qu’il fit sans rechigner. Il les remets alors à son interlocuteur sans mot dire. «Il va trouver ces 2000 DH chez lui avec un petit bonus…», précise-t-il à Meryem qui n’en croyait pas ses yeux. Elle était comme dans un état second. Suspendue aux lèvres du «Chrif», elle attendait ses ordres. Ce qu’il ne tarda pas à faire. «Retourne chez-toi et ramène-moi les bijoux de ta mère», lui ordonne-t-il. Ce qu’elle fit sans trop se poser de questions. Quelques dizaines de minutes plus tard, elle revient avec le magot : quelques bijoux d’une valeur de trente mille dirhams et une importante somme d’argent.
«Sur ton chemin, tu vas les récupérer avec d’autres bijoux en plus…», lui promit-il avant de prendre ses jambes à son cou.
Il aura fallu quelques minutes à Meryem pour reprendre ses esprits.  Elle a eu beau chercher du regard le jeune homme à la djellaba, il avait disparu. Soudain, elle s’est souvenue d’avoir entendu parler d’une arnaque que les escrocs appelent  « Samawi ».
Revenue chez-elle, elle s’en est ouverte à ses parents qui décidèrent de porter plainte.
La police judiciaire s’est chargée de l’affaire et le jeune homme à la djellaba blanche et son complice en costume ont été rapidement mis hors d’état de nuire. Ils ont été traduits dernièrement devant la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Casablanca.

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