Un matricide commis au nom de l’honneur

Un matricide commis au nom de l’honneur

Fès. Mohamed patauge dès l’aube de son enfance dans les méandres de la misère. Durant ses vingt-huit printemps, sa vie ne fut pas des plus joyeuses. Une enfance perturbée, une adolescence en souffrance… La malédiction le poursuivait depuis le jour où il avait ouvert les yeux sur la vie.
Après sa naissance, ses parents commencèrent à se disputer pour un oui ou pour un non. Ils avaient oublié le sens de la mesure ainsi que les jours heureux qui avaient ponctué leur histoire d’amour.
À mainte reprise, leurs proches intervenaient pour mettre fin à leurs querelles et les réconcilier. En vain. Au bout de trois ans de vie conjugale, ils ont divorcé. Chacun d’entre eux a refait sa vie. Seul, Mohamed a fait les frais de leur séparation. Après le divorce de ses parents, il a été confié à son père, qui s’est remarié quelques semaines plus tard. Alors que le père baignait dans les délices du mariage, Mohamed s’enfonçait dans le gouffre de la douleur.
Sa belle-mère ne le consolait jamais. Elle ne prenait nullement soin de lui. Pire, elle ne lui adressait la parole que pour l’insulter.
Quand il se plaignait auprès de son père, ce dernier lui tournait le dos. Il ne s’intéressait qu’à sa femme et à son nouveau-né, Abdeslam. Mohamed remarquait comment son père et sa belle-mère prenaient soin de son demi-frère. Il se demandait pourquoi ils ne faisaient pas pareil avec lui. «Ne suis-je pas son enfant?», s’interrogeait-il.
Son seul refuge était l’école. Toutefois, il n’arrivait plus à supporter la maltraitance de sa belle-mère. Il décide alors de fuguer pour rejoindre sa mère  également remariée.
Instable, il ne savait plus ce qu’il voulait. Il a donc tourné le dos à l’école pour rejoindre les rangs des chômeurs et des toxicomanes. Pour gagner son pain, il se débrouillait plutôt mal que bien.
Entre-temps, sa mère a été répudiée. Mohamed a décidé de la soutenir, de rester à ses côtés et de prendre soin d’elle.
Mais, sa mère se comportait de manière cruelle et violente à son endroit. Ce comportement agressif l’a poussé à quitter définitivement la capitale spirituelle vers Tétouan. Deux ans plus tard, il a rendu visite à sa mère. Une mauvaise surprise l’attendait: sa mère entretenait une relation avec un chauffeur de poids lourd, avec lequel elle a eu une petite fille. Hors de lui, il lui a demandé de rompre cette relation. Mais en vain. Elle l’a chassé de chez elle. Blessé, il est retourné à Tétouan où il travaillait dans des chantiers de construction.
De temps en temps, il lui rendait néanmoins visite pour lui réitérer sa demande de rompre sa relation avec son concubin. En vain.
La dernière semaine du mois de décembre 2006, il est venu la voir. Sa mère menait toujours sa vie comme elle l’entendait. Il l’a suppliée d’abandonner son compagnon. Il lui a même acheté le mouton de l’Aïd et lui a annoncé qu’il restera avec elle définitivement. Sa mère était têtue. Son refus fut donc catégorique. Une réponse qui n’a pas plu à Mohamed. Après la fête du sacrifice, il a décidé de la liquider.
Mardi 9 janvier 2007. il est sorti de chez lui, s’est arrêté devant le commerçant le plus proche et a acheté du fil électrique.
Il est retourné à la maison. Il trouva porte close. Sa mère n’était pas chez-elle. Il a donc reporté le jour de l’exécution de son crime au lendemain, mercredi 10 janvier.
Le jour « J ». Sa demi-soeur était déjà à l’école et sa mère sur la terrasse, lorsque Mohamed s’est réveillé vers 10 h. Il a pris son petit déjeuner et a fumé un premier joint, puis un second. Vers midi, sa mère est descendue de la terrasse pour préparer le déjeuner.
Vers midi et quart, sa petite fille est retournée de l’école. A la maison, elle découvre que sa mère est morte et que Mohamed avait disparu.
Alertée, la police judiciaire est arrivée sur les lieux et a effectué ses investigations. Elle a conclu qu’il y a eu meurtre. Elle a donc diligenté une enquête approfondie.  Qui a tué la mère de Mohamed ? Par quel moyen ? Aucune réponse. Jusqu’à ce qu’une voisine accepte de témoigner.
«J’ai vu Mohamed, vers midi. Il semblait préoccupé et ne savait quoi faire …», dit-elle.
Est-il le tueur ? Il a tenté au départ de se disculper. Mais pressé de questions, il a fini par se mettre à table.
«Oui, je l’ai étouffée avec du fil électrique…», a-t-il avoué.
Il a été déféré devant la justice.

loading...
loading...

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *