Un prostitué meurt à la fleur de l’âge

Un prostitué meurt à la fleur de l’âge

Nous sommes à Ouled Taïma, province de Taroudant. Un énième appel téléphonique retentit, en ce matin du samedi 23 septembre 2006, dans la salle de trafic du commissariat de police, mais celui-là est le plus important : «Le cadavre d’un homme vient d’être découvert au douar Chradra…».
Cette annonce fait immédiatement son effet. Tous les agents de la police judiciaire qui veillent sur la sûreté de la région sont mobilisés.
Une fois sur les lieux, ils découvrent le cadavre d’un jeune homme, à moitié nu, présentant une blessure au niveau du cœur. Qui est cet homme, qui l’a tué et pourquoi ? C’est une enquête pour le moins ardue qui s’annonce.
Informés de la macabre découverte et de la difficulté de l’affaire, des éléments de la police judiciaire préfectorale d’Agadir se dépêchent sur les lieux pour donner un coup de main à leurs collègues d’Ouled Taïma.
Tandis que le cadavre est transporté vers la morgue de l’hôpital Mokhtar Soussi à Taroudant pour être mis entre les mains du médecin légiste afin qu’il détermine les causes de la mort, les limiers entament leurs investigations.
En matière d’assassinat, la rapidité de l’enquête est essentielle. D’une part pour qu’aucune trace facilitant l’enquête ne disparaisse et d’autre part pour ne pas donner le temps au(x) coupable(s) de se volatiliser. C’est pourquoi les enquêteurs d’Ouled Taïma, soutenus par leurs collègues venus d’Agadir réagissent instantanément lorsqu’ils apprennent qu’un jeune homme prénommé Mohamed, s’est rendu, la veille, à l’hôpital pour se faire soigner d’un coup de couteau dans le dos. Très vite, ils localisent le domicile du blessé et s’activent pour en savoir plus à son sujet.
«C’est un jeune homme, qui était en compagnie d’une autre personne, qui m’a donné un coup de poing au visage et un coup de couteau dans le dos», explique Mohamed.
Lorsque les policiers montrent au blessé la photo du cadavre, ce jeune homme retrouvé mort, Mohamed en reste bouche bée. Pourquoi ? Il s’agit de cette « personne » qui se trouvait en compagnie de l’homme qui l’a frappé et poignardé. Sans aucun doute, il s’agit donc du meurtrier.
Les enquêteurs, qui disposent désormais du signalement du suspect, se lancent aussitôt à ses trousses. Et au terme de cinq heures de recherche, ils arrêtent un jeune homme, âgé de trente et un ans, dont les traits répondent au signalement fourni par Mohamed. Il s’appelle Rachid, est âgé de trente et un ans, et a déjà eu affaire à la justice pour plusieurs délits et crimes et sont dernier séjour en prison remonte à deux mois.
«Quoi ? Moi, tuer quelqu’un ? Non, je suis capable de tout sauf de tuer quelqu’un…», déclare Rachid aux policiers.
Face aux dénégations du suspect, les policiers décident donc d’organiser une confrontation avec Mohamed.
«C’est lui…», tranche ce dernier. Rachid n’a plus d’autre choix que de passer aux aveux.
Issu d’une famille indigente d’Ouled Taïma, Rachid n’a jamais mis les pieds à l’école, ni appris de métier. Fatalement, il sombre dans la délinquance, assorti d’un penchant pour les relations homosexuelles.
Parmi ses «amants», il y a Soufiane, dix-huit ans, qui se prostituait contre une poignée de dirhams.
Nous sommes vendredi 22 septembre, il est 21 h. Rachid rencontre Soufiane dans une salle de jeu. Très vite, ils conviennent de se rendre dans un endroit discret, pour faire l’amour. En contrepartie de ses faveurs, Soufiane se voit promettre la somme de dix dirhams.
En chemin, Rachid remarque que Mohamed les suivait. Dans quelle intention ? «Il veut coucher avec moi… », répond Soufiane à Rachid. Hors de lui, ce dernier s’avance vers Mohamed, lui donne un coup de poing au visage et pour faire bonne mesure, le poignarde dans le dos.
Une fois seul avec Soufiane, Rachid est pressé de passer à l’acte. Mais Soufiane exige d’être payé d’avance. Cela n’est pas du goût de Rachid, qui prétend payer une fois l’acte consommé. Soufiane s’obstine : il ne s’offrira à son amant d’un instant qu’une fois ses dix dirhams en poche. Une obstination qui lui coûtera cher. Au comble de la frustration et de la colère, Rachid sort à nouveau son couteau qu’il plonge jusqu’à la garde dans le cœur de Soufiane, qui expire aussitôt.
Après deux mois de liberté, voici Rachid à nouveau emprisonné. Mais cette fois, il n’est pas près de revoir le ciel de la liberté…

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