Un quintuple meurtre à Nador

Un quintuple meurtre à Nador

Le mobile du quintuple meurtre perpétré, samedi 11 mars, au douar Ouled Moussa Mansour Aït Hidra, Caïdat Aïn Zawra, cercle Driouech, province de Nador reste indéterminé. Ni Abdellah Chenni, l’auteur du crime, ni sa femme, sa complice, n’ont donné une raison convaincante à  leur horrible acte criminel.
Tous les deux ont été traduits, le matin du mardi dernier, devant le parquet général près la Cour d’appel de Nador, puis devant le juge d’instruction pour l’instruction préliminaire du dossier avant d’être conduits, dans l’après-midi, à la prison de la ville. « Ils me provoquaient en s’adonnant au proxénétisme », a expliqué l’accusé principal.
Selon une source de la gendarmerie royale du cercle de Driouech, qui a requis l’anonymat, le mis en cause n’a donné aucun nom de ceux qu’ils accusent. « Il nous a dit qu’il a souffert durant toute une année en remarquant les comportements indécents de son frère, ses femmes et ses enfants », a précisé la même source. L’accusé n’a pas donné plus d’explication.
L’enquête minutieuse menée par les éléments de la gendarmerie royale de la région montre qu’il s’agit d’un drame familial où aucune personne étrangère n’est impliquée. Ils sont tous de la même grande famille. « Il nous a dit avoir ressenti un grand soulagement après les avoirs tués », indique un autre enquêteur. Cependant, la liste de victimes pourrait être longue. Il ajoute: « Quand nous l’avons arrêté et interrogé, il nous a expliqué qu’il lui restait quatre personnes à liquider. Qui sont-ils ? Pourquoi voulait-il les assassiner? Il n’a rien voulu dire.
Mais Husseïne, fils de Ammar Chenni, le frère tué par le criminel,  les connaît . « Il voulait me tuer aussi, ainsi que deux autres sœurs et ma belle-sœur, mère de mon neveu et ma nièce tués tous les deux par mon oncle », affirme Husseïne qui a assisté à la boucherie. Ce dernier se souvient de tous les détails de cette histoire macabre. « J’étais en compagnie de mon père, Âmmar, à l’intérieur de notre domaine quand nous avons entendu des coups de feu », raconte-t-il.
Tous les deux ont accouru sur les lieux. Ils n’ont pas osé sortir. Ils sont restés à l’intérieur, mais en regardant depuis la serrure des deux grandes portes donnant à l’intérieur du domaine. Fatima Bouhjira, âgée de soixante ans, la première épouse de Âmmar Chenni, était en compagnie de la deuxième épouse, à savoir Jemâa Îssaoui, en dehors du domaine en train de transporter des bidons de cinq litres remplis d’eau.
Quelques mètres plus loin, le meurtrier les a menacées avec un fusil artisanal, leur  ordonnant de ne pas bouger. Il tire la première balle en direction de Fatima qui n’a pas été touchée. Terrorisée, cette dernière se jette à ses pieds, le suppliant de la laisser en vie. Jemâa, elle, a eu le temps de s’enfuir. Âmmar qui était derrière la porte du domaine l’implore de se calmer. « Mon frère, mon frère, ne la tue pas », criait-il. Le meurtrier semble n’écouter personne. Il tirera une autre balle sur Jemâa. Mais elle ne l’atteindra pas. Fatima à genoux devant lui continue à le supplier tout en lui embrassant les pieds.
Avec un sang-froid redoutable,  Il  lui met trois balles dans le dos. Armé de deux autres armes à feu et d’une hache, il s’est avancé ensuite vers la porte du domaine et met en joue son frère Âmmar. Ce dernier crie, le regard terrorisé : « Arrêtes mon frère, ne me tue pas…Calmes-toi mon frère ». En vain. Une balle partira qui touchera Âmmar à l’épaule qui lâchera un cri strident. Son fils, Husseïne, a couru pour grimper à la terrasse de la maison. Il regardait son père en train de se tordre de douleur. Mais il ne pouvait pas l’aider. Le forcené pousse violemment la porte et tire sur Husseïne qui a eu le réflexe de baisser la tête. Abdellah, le meurtrier, regarde son frère qui le suppliait d’arrêter sa folie meurtrière.
En guise de réponse, il lui assène un coup de hache dans la poitrine, puis d’autres coups au niveau des articulations. Karima, âgée de 17 ans, fille de Âmmar, qui crie à tue-tête en demandant au secours, a été attrapée par l’assassin . « Je ne veux pas te tuer, mais dis-moi où est ta belle-sœur, Choumicha ? », lui a-t-il demandé. Elle ne sait pas où elle se trouve. Dès qu’il l’a relâchée,  elle est a courru rejoindre son frère qui suivait le carnage depuis la terrasse. Il tire une autre balle dans sa direction. Mais il rate la cible. Sa nièce, Karima, n’a pas eu cette chance. Il lui loge une balle dans le ventre. À bout portant. C’est Choumicha qu’il cherche maintenant.
Celle-ci reste introuvable. Sur son chemin, il croise deux autres nièces. Il charge son fusil mais les deux filles ont eu le réflexe de se mettre rapidement hors de sa vue. À ce moment-là, sa femme, Halima Laâroussi, âgée de 44 ans, le suivait. Visiblement, la folie meurtrière de son époux ne suscitait aucune émotion chez elle. Quand il a rencontré les deux petits-fils de son frère, Mohamed, âgé de quatre ans et son aînée de deux ans Nadia,  il les a enlevés en les confiant à sa femme. Il lui a demandé de les garder dans une chambre de leur maison, mitoyenne à celle de son frère, Âmmar. Sous la menace de la hache, elle les a enfermés à double tour. Pendant ce temps, Abdellah s’est lancé à la recherche de leur mère, Choumicha.
Celle-ci n’était pas loin, un coup est parti, mais il ne réussira pas à l’atteindre.  Elle s’est sauvée à toutes jambes en criant “ sauvez mes enfants !“. Tout à sa démence, Abdellah s’est retourné contre les chameaux de son frère, Âmmar. Il en a tué trois et  blessé deux. Une heure plus tard, vers 16 h, les éléments de la gendarmerie royale, alertés par des habitants, se sont dépêchés sur les lieux. De loin, ils ont demandé au meurtrier de mettre fin à son carnage et de se rendre. Il leur répond par une salve de coups de feu tirés en leur direction.
Sa femme, Halima, grimpa sur la terrasse pour lui indiquer l’emplacement des gendarmes. Le meurtrier continua à tirer. Il a résisté farouchement durant trois heures. Ce n’est que vers 19 h qu’il se rendra, les mains sur la tête. Les habitants du douar, qui ont assisté à la scène, ont affirmé qu’il ne s’est livré qu’après l’intervention de son oncle maternel.
Ce dernier l’a convaincu de  le faire, après avoir téléphoné à son neveu, Saïd, qui se trouvait à Palma, en Espagne. «Il m’a téléphoné pour m’annoncer  la mauvaise nouvelle et pour me dire qu’il va se suicider…je lui ai demandé de ne pas se donner la mort», a-t-il précisé. Saïd, fils d’Âmmar tué par son frère, n’a jamais hésité à aider son oncle, auteur de cette tuerie. Il lui envoyait mensuellement une somme de mille dirhams et des vêtements. «il était plus ou moins pauvre et notre père nous demandait constamment de l’aider», affirme-t-il. La misère était-elle derrière le geste fou de Abdellah qui n’a pas d’enfants ? Le défunt Âmmar qui disposait de plusieurs centaines d’hectares de champs, d’une retraite mensuelle de plus de 15.000 dirhams (Il était RME en Belgique), polygame (époux de quatre femmes dont deux demeurent à Meknès) et de 37 enfants aidait son frère, Abdellah qui dispose de quelques mètres de champs qui le nourrissent largement.
Les enfants du défunt ont précisé qu’il était venu dernièrement chez son frère pour lui demander de l’aide afin de se remarier pour la troisième fois. Mais le frère a refusé. Est-ce pour cette raison qu’il a tué les membres de sa famille ? Et sa femme, pourquoi l’a-t-elle aidé dans sa boucherie ? Les neveux de l’accusé l’accusent d’avoir étranglé les deux petits-enfants retenus en otage par la femme.
L’enquête se poursuit pour démêler l’écheveau de ces crimes complexes.

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