Un repris de justice viole un mineur

Une mauvaise habitude est comme une mauvaise graine. Il faut l’arracher, sinon, elle risque de faire beaucoup de dégâts. Saïd ne voulait pas s’y risquer. Il semblait même s’en satisfaire. Sa vie et ses vices le prouvent.
Depuis qu’il a abandonné les bancs de l’école, il s’est complu dans ses mauvaises fréquentations. Il connaissait tous les délinquants de sa ville natale, Benslimane.
Son penchant pour l’alcool et la drogue remontent à l’adolescence. Il en est devenu «accro». En conséquence, ses  besoins financiers n’ont fait que croître au fil du temps. Par quels moyens devait-il se procurer l’argent nécessaire à l’assouvissement de ses vices  ? Il n’en avait cure. L’essentiel, pour lui, était d’en avoir. «Deviens dealer », lui a conseillé  l’un des mauvais garçons de son quartier qui l’approvisionnait en  joints. Au départ, Saïd a hésité. Il avait peur de tomber dans les filets de la police. Rien qu’à l’évocation de ses amis qui croupissaient derrière les barreaux, il sentait sa gorge se nouer. Il avait une peur bleue de la prison. Mais, l’appat du gain a fini par avoir raison de ses craintes. Il a donc commencé par acheter de petites quantités de haschich chez un fournisseur qui fréquentait Oued Cherrat. Il les revendait ensuite aux toxicomanes. Ce qui n’a duré que ce que durent les roses puisqu’il a été vite repéré par la police. Laquelle l’a arrêté et traduit devant la chambre correctionnelle du  tribunal de première instance de Benslimane. Jugé coupable de trafic de drogue, il été condamné à huit mois de prison ferme.
Relâché après avoir purgé la totalité de sa peine, il a repris son activité louche jusqu’à son arrestation pour la deuxième fois par les éléments de la police judiciaire. Traduit devant la justice, il a écopé, cette fois-ci, de dix-huit mois de prison ferme. Derrière les barreaux, sa vie est devenue un calvaire.
Quelques co-détenus et autres compagnons de cellule l’ont obligé à assouvir leurs besoins. Saïd n’avait pas d’autre choix que d’obtempérer. Il ne pouvait ni changer de cellule, ni s’opposer à eux. A la fin, il s’y est tellement habitué qu’il n’y faisait même plus attention. Mais, sitôt relâché, il a décidé de se venger. De qui ? Peu importe. L’essentiel est que quelqu’un d’autre que lui subisse les mêmes outrages que ceux  qu’il a dû supporter en prison.
De victime, il voulait devenir acteur. Ce qui est advenu quelques semaines plus tard. Son souffre-douleur : son voisin de quartier nommé Zouhaïr et qui est âgé de 12 ans. Après l’avoir mis en confiance, il lui a demandé de le suivre jusqu’au terrain vague situé près le Royal Golf de Benslimane. « Tiens, ce joint va te réchauffer ». Lorsque Zouhaïr a hésité, Saïd a insisté. « Un seul joint va te conduire vers le ciel, juste près des étoiles ». Ce que ce  mineur aurait cru n’eussent été les assauts effrénés de cet homme et la douleur indicible qu’il a ressentie. Après quoi  Saïd lui a remis un billet de cent dirhams. Les autres fois, il lui remettait soit de l’argent, soit de petits cadeaux.
Cela a duré jusqu’au jour où Zouhair s’est révolté. Ce qui a poussé Saïd à le faire chanter. «Je vais dévoiler notre secret à ta mère, ton frère, tes amis et tes voisins du quartier si tu continues à refuser», lui a-t-il dit sur un ton menaçant. L’intimidation n’a pas découragé Zouhaïr qui a continué à refuser de le rejoindre, comme à l’accoutumée et d’assouvir ses vils besoins. D’où la violente réaction de Saïd. Il est arrivé à la maison des Zouhaïr, en a poussé la porte et tenté d’enlever le mineur qui criait au secours. L’ayant entendu, son frère aîné est intervenu pour immobiliser  l’énergumène et le ligoter avant de téléphoner à la police.
Saïd a été traduit, au début du mois d’août, devant la Cour d’appel de Casablanca.
En attendant son jugement, fera-t-il amende honorable ?

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