Un rêve qui mène à la morgue

A son vingt et unième printemps, Hassan est fier d’avoir décroché son baccalauréat. Il n’avait pas l’intention de s’inscrire ni à l’université, ni dans un institut privé. Rester chômeur après avoir déployé tous ses efforts pour avoir son Bac? Non. Il espérait aller ailleurs, au-delà de la Méditerranée, pour poursuivre ses études supérieures. Sinon au moins pour avoir un emploi et subvenir aux besoins de sa famille. Pour lui, rester dans son pays est un suicide moral, un désespoir. Mais comment devait-il faire pour réaliser son rêve? Il a adressé plusieurs correspondances à différentes établissements d’études supérieures en Europe (France, Belgique, Hollande, Allemagne). Il n’avait que l’envie de bien vivre. En attendant des réponses qu’il espérait favorables, il commençait à penser aux frais du voyage et aux dépenses inhérentes aux premiers mois de séjour en Europe. Il n’en avait pas les moyens. Soutenu par un proche, il a créé un petit commerce et est devenu marchand ambulant qui faisait le tour des souks et des marchés et ne dépassait jamais le périmètre de son quartier, Hay Mohammadi à Casablanca où se trouve un souk populaire. Mais le malheur le guettait.
Un incident imprévu a mis terme à son rêve et à son existence. Pendant qu’il s’apprêtait à rentrer chez lui après une longue journée de travail, il a croisé deux lascars qui ont tenté de le délester de sa recette. L’un d’eux a eu de la peine pour lui et a préféré partir, mais l’autre, en état d’ivresse et sous l’effet de psychotropes, était prêt à aller jusqu’au bout. Hassan a manifesté une grande résistance pour ne pas se laisser faire. Dans le feu de la bagarre, son agresseur, Khaled, âgé de 30 ans, a brandi son poignard et lui a asséné un coup en plein cœur. Le coup était fatal et Hassan a rendu l’âme avant l’arrivée des éléments de la protection civile.
Khaled a essayé de s’enfuir, mais il a été appréhendé par une patrouille de la police qui se trouvait dans les parages. Après son arrestation et sa présentation devant la justice, il a déclaré être malade mental. Il avait si bien simulé la maladie mentale au point qu’il a été soumis à plusieurs examens médicaux pendant une longue période. Il s’est avéré qu’il ne s’agit que d’une ruse pour se disculper.
Traduit devant la chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca, il a essayé encore une fois de jouer le malade mental. Mais les documents des médecins ont prouvé le contraire. Raison pour laquelle, la Cour l’a reconnu coupable et l’a condamné à douze ans de réclusion criminelle. Une sentence jugée clémente par la famille du défunt qui déplore toujours avec amertume la disparition de celui qui incarnait l’espoir, l’endurance et la joie de vivre.

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