Un vendeur de rêves derrière les barreaux

Un vendeur de rêves derrière les barreaux

Le port altier, bien habillé et bien rasé, Farid s’attable dans un café de Hay Hassani, à Casablanca. Le ciel est si clément en cet après-midi de janvier 2007 qu’il a préféré la fraîcheur vivifiante de la terrasse à l’odeur tenace de tabac qui règne à l’intérieur de l’estaminet. Il sirote son café noir, lorsque son regard se fixe sur un individu dont le visage lui semble être familier. Le connaît-il ? Peut-être.
«Je crois qu’on s’est vu quelque part», lui dit Farid avec le sourire.
Le jeune homme qui semble ne l’a jamais vu lui explique qu’il ne se souvient pas de l’avoir déjà rencontré ou connu.
«Je me souviens bien de ton visage, mais pas de ton nom», ajoute Farid avec le même sourire. Et sans attendre, il quitte sa table pour celle du jeune homme avec lequel il engage rapidement la conversation. Au fil des minutes, ce dernier s’ouvre à lui, en parle de ses problèmes, de son désir de décrocher un emploi et de son rêve d’émigrer à n’importe quel prix.
«Je peux t’aider à décrocher un emploi ou à aller ailleurs…», lui dit Farid sur un ton rassurant. Il lui explique qu’il est en  relation avec des hommes d’affaires et des directeurs de sociétés qui sont en train de recruter du personnel. Il lui précise également qu’il peut l’aider à avoir un visa pour l’Europe. En contrepartie de quoi ? De sept mille dirhams pour un emploi et de trente mille dirhams pour le visa.
Ne disposant pas de l’argent nécessaire pour décrocher ce sésame, le jeune homme s’est contenté de lui demander de l’aider à trouver un emploi. Farid le lui promet et précise qu’il veillera personnellement à ce qu’il soit titularisé dans la société où il sera embauché. Plein de joie, le jeune homme quitte Farid après avoir pris son numéro de téléphone et fixé avec lui un autre rendez-vous.
Après avoir réuni les sept mille dirhams, il téléphone à Farid pour lui remettre l’argent. Une fois l’argent empoché, ce dernier le quitte en lui promettant de bonnes nouvelles pour le lendemain. Ce qu’il ne fit pas. Ni le jour fixé, ni le lendemain, ni une semaine plus tard. Le jeune homme décide donc de lui téléphoner. Peine perdue, puisque le téléphone de Farid ne répondait plus. Il décide donc de porter plainte. Les investigations initiées par la police aboutirent à l’arrestation de Farid. Il s’agit d’un homme de trente-huit ans, déjà condamné pour les mêmes motifs.
Chômeur de son état, son dernier travail régulier remonte à une dizaine d’années. Il avait officié au sein d’une petite entreprise d’informatique qu’il a vite quittée parce qu’il ne supportait nullement la discipline de fer que son patron imposait à son personnel. Avec la collaboration d’un ami à lui, ils ont alors monté une petite combine. Sitôt que l’un d’eux trouve une victime, l’autre se présentait à elle comme étant un directeur de société en quête d’employés. Par la suite, il en soutirait ce qu’il pouvait avant de disparaître dans la nature.
L’ami ayant été arrêté par la police a écopé d’une peine d’emprisonnement de deux ans ferme, Farid s’est mis à son propre compte. Il a été arrêté à deux reprises pour les mêmes motifs et purgé des peines d’un an et de dix-huit mois de prison ferme.
Arrêté pour la troisième fois, Farid avouera aux enquêteurs avoir arnaqué plusieurs victimes et empoché plusieurs milliers de dirhams.
Il leur a également précisé que sitôt l’une de ses arnaques réussie, il se dépêchait de changer de numéro de portable et de lieu d’action. Déféré devant la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Casablanca, il a tout nié. «Je n’ai jamais connu l’un de ces hommes qu’on me présente comme des victimes», dira-t-il devant la justice. Il a été jugé coupable d’escroquerie et  condamné à deux ans de prison ferme.

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