Un violeur pas comme les autres

Un violeur pas comme les autres

Elle rentre ce matin du mois de décembre au commissariat de police du quartier Anassi, à Casablanca. En pleurs, elle n’arrive pas à se tenir debout devant le policier. Elle ne sait pas non plus par quoi commencer. Le policier tente de la consoler. Ses larmes coulaient, malgré elle, sans s’arrêter.
«Qu’est-ce qu’il t’arrive ?», lui demande le policier. Mais elle continue à sangloter en cachant son visage. Il semble qu’elle est sous le choc. Mais qu’est-ce qui s’est passé ?
C’est ce que le policier et ses collègues, qui viennent de le rejoindre, essayent de savoir au juste. L’un d’eux lui offre un verre d’eau. Elle le boit en une seule gorgée comme si elle avait soif depuis plusieurs jours. Une fois calmée, elle affirme aux policiers avoir été violée par un jeune homme. "Lequel ?", lui demandaient-ils. «Je ne le connais pas, mais il est chauve et de taille moyenne», précise-t-elle aux policiers. Elle ne connait ni son nom ni son prénom ni sa profession ni son adresse. Un inconnu qui a croisé sa route. Elle a uniquement décrit avec précision son signalement. Elle n’a oublié aucun détail même minime. Bref, son image a été sculpté dans sa mémoire au point qu’elle arrivera à le distinguer parmi plusieurs personnes. Aussitôt, l’un des policiers lui demande de raconter toute l’histoire.
«Je suis sortie tôt le matin pour chercher un emploi», commence-t-elle, toujours émue.
Avant de sortir de chez elle, au quartier Sidi Othmane, elle a porté ses beaux vêtements et elle s’est maquillée légèrement. En prenant le bus desservant le quartier industriel, elle rêvait d’un emploi lui permettant de subvenir à ses besoins et reprendre goût à la vie.
Diplômes en poche, elle cherchait vainement un emploi depuis belle lurette. Elle est au seuil du désespoir. Elle ne supporte plus le chômage. Et surtout le fait de demander l’argent de poche à sa famille qui n’a ménagé aucun effort pour l’aider à poursuivre ses études.
Quand elle est descendue de l’autobus, elle s’est dirigée vers le portier d’une société. Elle lui a demandé si ses employeurs ont besoin d’une employée. «Non, ma fille. Quand ils veulent recruter quelqu’un, ils collent sur la porte une affiche concernant l’offre d’emploi», lui a expliqué le portier. En s’apprêtant à quitter le lieu à destination d’une autre société, elle a remarqué un jeune homme qui s’approcha d’elle. «Cherches-tu un emploi ?», lui dit-elle d’une voix douce. Elle a hoché la tête en signe
d’acquiescement. «Je vais t’aider. J’ai un ami, propriétaire d’une société qui a besoin d’une employée. Je vais lui téléphoner maintenant». La fille a été rassuré. Une lueur d’espoir a illuminé son cœur et son visage. Qui lui a envoyé ce bonhomme ? Elle a pensé que le destin est venu à son secours pour la sauver du chômage, qui a duré très longtemps.
Surtout que le bonhomme lui a récité quelques versets du Coran et quelques hadiths du Prophète. Il lui a expliqué que le destin l’a mise dans son chemin pour l’aider à trouver un emploi sans peine. Ses mots ont mis du baume à son cœur. Le bonhomme a composé aussitôt un numéro sur son téléphone portable et a demandé à son interlocuteur de le rejoindre à bord de sa voiture parce qu’il lui a trouvé une employée. Ensuite, il a demandé à la jeune fille de l’accompagner pour rencontrer son nouvel employeur. Pleine de joie, elle a accepté Le monsieur l’a conduite vers un lieu, loin des yeux pour lui demander de s’asseoir sur une grande pierre. Soudain, il a sorti un couteau, l’a obligée de céder à ses désirs. Après l’avoir violée, il lui a subtilisé son téléphone portable et une petite somme d’argent avant de disparaître.
Quand elle a terminé ses déclarations, le policier s’est penché sur l’examen des plaintes portées par neuf autres victimes de viol. Il remarque que ces dernières ont révélé les mêmes signalements de leur violeur. Du quartier Attacharouk au douar Habty, les enquêteurs sont arrivés à mettre la main sur le présumé violeur. Il s’agit d’un jeune homme de trente-quatre ans, un repris de justice. Toutes les victimes au nombre de dix l’ont reconnu sans difficulté. Et les informations recueillies par les enquêteurs ont révélé qu’il piégeait quotidiennement au moins une victime sans attirer l’intention des passants. Combien sont-elles au juste? Il ne les a pas comptées.

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