Une confidence mortelle

Une confidence mortelle

Dès qu’il a entendu le président de la Cour prononcer son nom, Mohamed. B quitte rapidement le banc pour se tenir dans le box des accusés. Remarquant le président qui feuillette encore le dossier, il n’hésite pas à dire «Je suis là, M. le président». Celui-ci le regarde curieusement avant de lui demander de garder le silence jusqu’au moment où il lui permet de parler. Mohamed baisse la tête sans ajouter le moindre mot.
Nous sommes à la chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca. Cet après-midi de janvier, il y a peu de personnes à la salle d’audience. Seulement une vingtaine. Mohamed répond aux interrogations de la Cour. En fait, il avoue son crime de meurtre. Mais, il le justifie par son ivresse. Mais l’ivresse ne justifie jamais de commettre un crime ni ne permet pas forcément de bénéficier des circonstances atténuantes. «Je ne me souviens de rien, M. le président», affirme-t-il devant la Cour. Le président lui demande comment il peut avouer avoir tué la victime et affirmer en même temps qu’il ne se souvient de rien. C’est aberrant. Mohamed garde le silence. Selon le dossier de l’affaire, il a avoué devant les limiers de la PJ avoir tué son ami avec une pierre. Ils étaient tous les deux en train de s’enivrer quand la victime, Khaled, âgé de trente-et-un ans, père de famille, a confié à Mohamed, âgé de vingt-huit ans, journalier de son état, avoir partagé le lit, il y a une dizaine d’années, avec sa sœur. Une confidence qui a perturbé, sur le champ, Mohamed. Khaled lui a demandé de ne pas s’énerver. «C’est du passé», lui a-t-il précisé. Hors de lui, Mohamed le sollicitait de se taire. Mais, Khaled semble avoir perdu la tête au point qu’il a commencé à lui expliquer les détails. Perdant tout contrôle de ses nerfs, Mohamed a saisi une pierre. Dans une hystérie indescriptible, il lui a asséné plusieurs coups au point qu’il lui a fracassé la tête. Il ne s’est arrêté qu’une fois Khaled a rendu l’âme.
Mohamed explique à la Cour qu’il ne se souvient pas de toute l’histoire. «Je me souviens de l’avoir frappé avec une pierre, mais sans savoir pourquoi», précise-t-il devant la Cour qui a donné la parole au représentant du ministère public, puis à l’avocat de la défense et ce avant de se retirer pour délibérer.
Verdict : 20 ans de réclusion criminelle.

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