Une femme polygame sous les verrous

Une femme polygame sous les verrous

«J’ai croisé ta femme, Khadija, à Dar Bouâzza», révèle à son voisin cet habitant de Mellila dans la province de Benslimane.
Fellah de son état, C.A. n’en a pas cru ses oreilles. Son épouse a disparu un beau jour de 1995 et n’a plus donné signe de vie. En douze ans, elle n’a jamais essayé de prendre attache avec ses trois enfants. A telle enseigne que tout le monde l’a crue morte. Ceci d’autant plus que la plainte déposée par C.A. auprès de la Gendarmerie royale n’avait débouché sur rien. N’ayant ni confirmé, ni infirmé l’éventuelle mort de celle-ci, C.A. ainsi que de nombreux voisins ont mené nombre d’investigations sans arriver au moindre résultat.
«Es-tu sûr que tu as vu Khadija?», a-t-il fini par dire à son vis-à-vis sur le ton non pas de l’interrogation, mais du reproche. 
«C’est elle, je me souviens très bien d’elle… Elle n’a pas beaucoup changé… Je l’ai même suivis jusqu’à sa maison», a répondu le voisin outré de voir son ami douter de sa parole. De fait, pareille affirmation n’a fait que jeter de l’huile sur le feu. C.A. ne savait plus quoi faire : dire à ses enfants que leur mère est toujours en vie après les avoir convaincus de sa mort risque de les traumatiser pour la vie. Ne pas le faire reviendrait au même. Pris entre le marteau et l’enclume, il ne savait pas comment s’en sortir, aussi s’est il dit que la nuit pourrait lui porter conseil. De retour chez-lui, il a préparé le dîner à ses chérubins avant d’aller au lit. Sitôt qu’il a posé sa tête sur l’oreiller, les souvenirs ont commencé à “refluer“. Il s’est souvenu de ce jour de 1987 où il avait demandé la main de Khadija. Elle était à la fleur de l’âge, elle n’était pas uniquement sa voisine du quartier Mellila à Benslimane, mais elle était également sa cousine. S’aimaient-ils ? Non, mais elle lui était promue. Au début de 1989, un premier garçon est venu égayer leur foyer, puis un deuxième et enfin une petite belle fillette. Un jour, Khadija a quitté le domicile conjugal sans y jamais retourner. Pourquoi ? Cette question a taraudé jusqu’au petit matin son époux. Sitôt la prière finie, il s’est dirigé vers la maison de son voisin pour lui demander de le conduire vers le lieu où il a vu Khadija. Ils se sont donc rendus à Dar Bouazza et commencé à  guetter, de loin, la sortie de celle-ci. Et là ce fut le choc. Après une demi-heure d’attente, la femme qu’il avait crue morte était sous le perron, en chair et en os.  Qu’allait-il faire ? Il était tellement traumatisé qu’il a décidé de retourner chez-lui pour ne revenir que le lendemain en compagnie de son fils aîné. Encore faut-il qu’il le mette au courant sans éveiller les soupçons de ses autres enfants. Mais arrivé chez lui, il a changé d’avis. Il a réuni tous ses enfants autour de lui pour leur annoncer la terrible nouvelle. Le lendemain, son aîné, l’a accompagné à Dar Bouâzza. C’est lui qui a frappé à la porte et c’est lorsque sa maman lui a ouvert que C.A. s’est avancé pour lui expliquer qu’il est venu chez elle pour mettre légalement fin à leur relation conjugale. Pour sa part, Khadija lui a dit qu’elle s’est remariée et a eu un autre enfant. Il lui a alors souhaité tout le bonheur du monde avant de lui demander de prendre un jour le temps de l’accompagner au tribunal de première instance de Benslimane pour qu’il puisse la répudier. Ce qu’elle fit avec célérité. C’est là que la police l’a arrêtée puisque C.A. avait préalablement déposé une plainte contre elle. Lors de son interrogatoire, elle justifiera sa fugue par le fait que son mari la maltraitait. Elle a également révélé que c’est en travaillant comme bonne à Casablanca qu’elle a rencontré son deuxième mari auquel elle a caché le fait qu’elle était déjà mariée et qu’elle était la mère de trois enfants.

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