Une fille ballottée entre deux identités

Une fille ballottée entre deux identités

Cette histoire rocambolesque a commencé en 1994 avec la  relation que Mohamed Rachid et Nadia ont eue. Un amour qui n’a pas plu à leurs parents, lesquels ont refusé de bénir leur union. Mais ni ce jeune homme qui était âgé de vingt-trois ans ni cette fille qui avait dix-neuf ans n’ont pensé mettre fin à leur idylle. Un grand amour les a unis au point que chacun d’entre eux a décidé d’aller jusqu’au bout de leur aventure. Ils se considéraient comme mari et femme bien qu’ils ne soient jamais passés devant un Adoul. Le jour où Nadia est tombée enceinte, ils se sont trouvés face à un dilemme : fallait-il qu’ils  se marient officiellement ou avorter ? S’ils ne purent accomplir le premier de leurs vœux, ils refusèrent la seconde alternative. Au fil des mois, le ventre gonflé de Nadia lui posait d’énormes problèmes. Mais, elle ne s’en préoccupait pas outre mesure vu qu’elle se rendait de temps à autre chez le gynéco pour s’assurer de la santé du fœtus … Au bout de sept mois de grossesse, il semblait qu’elle allait accoucher prématurément. Où? Le fruit de cette relation extraconjugale pouvait-il venir au monde dans un  hôpital ou dans une clinique privée. Certains de leurs amis leur dirent qu’aucune structure médicale officielle ne pouvait les accueillir sans avertir la police. Ce qui leur fit énormément peur. Ils recoururent donc aux services d’une sage-femme traditionnelle du quartier Bourgogne. Il s’agit de Zoubida, sexagénaire, mère de onze enfants, qui a été traduite à deux reprises devant la justice. La première, en octobre 1987, lui a coûté une année de prison ferme pour intermédiation en vue de l’adoption d’un enfant contre paiement de ses services. La deuxième fois, en 1997, elle a été impliquée dans une affaire d’avortement illégal.
Quand Nadia s’est réveillée, après avoir subi une césarienne, elle n’a pas trouvé son nouveau-né à ses côtés. La sage-femme lui a appris que son nouveau-né est de sexe féminin et qu’elle l’a mise dans une couveuse. Mohamed Rachid lui a versé une somme globale de 47.000 mille dirhams sans avoir vu sa fille, ni la certitude qu’elle était vivante. À chaque fois qu’il lui réclamait de lui restituer son nouveau-né, elle lui demandait de lui délivrer un acte de mariage. Il fallait qu’il attende deux ans pour qu’elle lui donne une petite photo d’identité de sa fille. Et à chaque fois, elle prétendait l’avoir confiée à une famille établie à Fès ou à Khouribga et lui réclamait des sommes d’argent pour aller la voir. Effectivement, il lui en versait, mais sans voir sa fille. Mohamed Rachid qui a décidé de mener le combat jusqu’au bout a demandé à la sage-femme de lui délivrer un certificat de naissance.
Elle a refusé et lui a demandé de lui fournir son extrait d’acte de naissance et celui de la mère de l’enfant, les photocopies de leurs cartes d’identité nationales ainsi qu’un acte prouvant son lien de parenté avec la petite fille. Il a effectivement  établi ce dernier acte chez le juge en l’an 2000 et lui a donné tous les documents qu’elle réclamait. Quelques jours plus tard, elle lui a remis un livret de famille portant sur l’une de ses pages le nom de la petite Souraya, le prénom qu’il lui a choisi, avec la mention qu’elle est née le 29 décembre 1997 et qu’elle a été déclarée le lendemain, 30 décembre 1997 ! Ce qui permet jusqu’à aujourd’hui à Mohamed Rachid de pouvoir établir à chaque fois qu’il le veut un extrait d’acte de naissance. Mais où est la fille ? Elle a été adoptée par Malika, une femme divorcée qui réside en Tunisie. Ce qui est étrange, c’est que cette dernière est arrivée à se faire établir un document prouvant qu’elle l’a accouché de cette fille qu’elle a prénommée Sara, le 24 décembre 1996 chez la sage-femme Zoubida. Elle lui a donné son nom de famille Elhadry puisqu’elle était le fruit d’une relation extraconjugale. Entre-temps, Mohamed Rachid a établi l’acte de confirmation de mariage avec sa bien-aimée, Nadia. Dans ce document officiel, on précise que les deux époux avaient accouché d’une fille prénommée Souraya le 1er janvier 1995. «C’est la vraie date de naissance de notre fille», déclare Mohamed Rachid aux enquêteurs quand l’affaire a éclaté en 2001 tout en jurant qu’il ne baissera jamais les bras sans que sa fille ne lui soit restituée. Une résistance qui l’a poussé, en 2001, à enlever la petite fille alors qu’elle jouait avec d’autres enfants près de la mosquée Hassan II. Il l’a gardée durant cinq jours avant que la police ne le convoque et l’accuse de kidnapping. Seulement, ce dossier n’a pas pris le bon chemin. A-t-il été classé ? Mohamed Rachid n’en savait rien. La fille a été remise à Malika et les poursuites n’ont jamais été diligentées. Impatiemment, il a continué à frapper à toutes les portes. Mais toujours en vain. Il est même arrivé à se procurer, six ans après son établissement, une copie du procès-verbal concernant l’enlèvement, qui porte des aveux de la sage-femme. Il a décidé au début du mois de février de porter plainte de nouveau. La machine policière a été mise en branle. La fille a été retrouvée et confiée, le 1er mars 2007, au juge des mineurs qui a décidé de la remettre à l’institution Abdeslam Bennani en attendant que la justice se prononce. Le même jour, la police de Casablanca-Anfa a interrogé le plaignant, la sage-femme, la mère adoptive et quelques fonctionnaires de l’arrondissement urbain qui ont établi les documents en faveur de la sage-femme. Ils ont été traduits, hier, lundi 5 mars, devant le procureur du Roi près le tribunal de première instance de Casablanca.

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