Une insulte qui finit dans le crime

Une insulte qui finit dans le crime

Chambre criminelle près la Cour d’appel de Marrakech. Les mis en cause rentraient à la salle d’audience. Parmi eux, se trouve un jeune homme qui clopinait en avançant vers le banc des accusés. L’air triste et mal habillé, ce jeune, qui ne tournait ses regards que rarement vers l’assistance, pleurait à chaudes larmes. Il semble qu’il regrette son acte criminel.
Le président de la Cour l’a sollicité de quitter la salle d’audience pour quelques minutes afin qu’il se calme. Son avocat s’est approché de lui pour le consoler avant de le conduire, sous la surveillance de deux policiers, vers un coin donnant au couloir menant à la geôle de la Cour d’appel. Quelques minutes plus tard, le jeune handicapé, un peu calmé, est retourné à la salle d’audience. Toutefois, son visage est triste. Il a pris sa place parmi les mis en cause au banc des accusés. Pas moins d’une heure, le temps de l’examen d’un premier dossier, le président de la Cour l’a appelé : « Larbi… ».
Paisiblement, il a traîné ses pas vers le box des accusés. Avant que le président de la Cour commence à l’interroger, il s’est fondu une fois encore en larmes. Lorsque le président lui a demandé de se taire, il a crié : « Je n’avais pas l’intention de le blesser ni de le tuer, mais juste de le menacer… ». Une phrase qu’il a répétée à trois ou quatre reprises. "La Cour te considère innocent jusqu’à preuve du contraire", le rassure le président. Quelle est son histoire ?
Larbi, âgé de vingt-sept ans, est issu du douar Idwirane, à quarante kilomètres de la province de Chichaoua. Ses parents l’ont inscrit au primaire. Après avoir réussi, le jeune garçon était contraint d’abandonner ses études pour plusieurs raisons. D’une part, le collège se situe loin de sa demeure. Et d’autre part, il n’y avait pas de moyens de transport pour se déplacer. Sans oublier qu’il est handicapé.
Le fait d’arrêter les études l’a déprimé au début, mais le jeune garçon s’est habitué à la situation.
Pour ne pas rester à ne rien faire, il s’est lancé dans la vente des légumes au souk. Une activité qui va lui permettre de subvenir à ses besoins. Et c’est au souk du douar qu’il a fait la connaissance du Abdeslam, porteur de marchandises. Mais, il n’a jamais pensé être, un jour, son meurtrier. Comment ? Un jour, après le crépuscule, ils étaient en train de bavarder au souk quand Abdeslam a commencé à provoquer Larbi. Pour faire rire leurs deux amis, Mustapha et Abdellatif, il l’appelait "le boiteux".
Ceci a mis Larbi hors de lui. Et pourtant, Abdeslam n’a pas cessé de continuer de le provoquer. Perdant tout contrôle de ses nerfs, Larbi l’a injurié au point qu’Abdeslam s’est jeté sur lui pour tenter de l’étouffer par ses deux mains. Leurs deux amis sont intervenus pour les calmer. Cependant, l’irréparable s’est produit.
Larbi est rentré chez lui, il a saisi un couteau puis il a rejoint Abdeslam. Il l’a menacé. Mais sans s’approcher de lui. Toutefois, Abdeslam, qui était dans un état enragé, s’est jeté une fois encore sur Larbi, tentant de l’étouffer par ses deux mains. Après quoi, il a lancé un cri strident. Que s’est-il passé ? Le couteau a percé son cœur. Perturbé, Larbi a couru à destination du poste de la gendarmerie : « Je ne voulais pas le tuer, je ne voulais pas le tuer ». Une phrase qui l’a répété à maintes reprises devant la Cour de la ville ocre. Mais la loi est la loi. Elle doit être appliquée tout en prenant en considération les circonstances et le mobile du crime. Ainsi, Larbi a été jugé coupable pour coups et blessures ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner et a été condamné à 10 ans de réclusion criminelle.

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