Une petite fille torturée à mort

Une petite fille torturée à mort

Affolée, Saïda entre en courant, ce vendredi du mois de novembre, à l’hôpital Bouafi, préfecture de Derb Soltan-El Fida, à Casablanca. Cette femme de trente-neuf ans tient une fille de cinq ans dans ses bras. «Elle s’appelle Hassania», lance-t-elle rapidement à la jeune femme qui officie à la réception. Sans perdre de temps, elle fait entrer la petite fille dans la salle de consultation.
Le médecin commence à examiner Hassania. Elle a une fièvre de cheval. Le médecin lui enlève ses vêtements. Il est sous le choc. Le corps de la fillette porte plusieurs traces de coups et de brûlures. La pauvre fillette présentait des sévices sur ses hanches, ses fesses, ses chevilles, son dos, sa poitrine, son cou et même sur ses mains. Son visage n’a pas été épargné non plus. "Mais, qu’est-ce qui s’est passé ?", interroge le médecin la jeune femme qui l’accompagnait.
«Quand elle est devenue fiévreuse, il y a trois jours, je l’ai emmené chez une guérisseuse traditionnelle pour la cautériser», lâche-t-elle en bafouillant. Mais l’état de santé de la fille est critique et risque de mourir.
Le médecin s’est étonné qu’une mère néglige sa propre fille au point de mettre sa vie en danger. «Je ne suis pas sa mère, elle est la nièce de mon époux», lui annonce-t-elle. Surpris, le médecin lui demanda alors son adresse. «Carrières Sidi Othmane, bloc 52», répond-elle. Pourquoi a-t-elle fait tout le trajet entre son domicile à Sidi Othmane et l’hôpital Bouafi à Derb Soltan ? En principe, elle devait emmener la patiente à l’hôpital le plus proche de sa demeure, à savoir les Urgences de Sidi Othmane. Cette bizarrerie a mis la puce à l’oreille du médecin. Pour éclaircir ce point,  il s’avise de téléphonner à la police.
Les éléments du district de Derb Soltan-El Fida sont arrivés aussitôt à l’hôpital. Ils ont remarqué tout de suite les traces de sévices sur le petit corps de la fille. Au moment où le chef de la section judiciaire s’est tourné vers Saïda pour l’interroger, le médecin annonça la mauvaise nouvelle : Hassania est morte. Saïda s’effondre en larmes. Le jour même, les enquêteurs l’ont soumise à interrogatoire.
«C’est une guérisseuse traditionnelle qui l’a cautérisée», leur répète-t-elle. Saïda emmena les enquêteurs chez la guérisseuse traditionnelle à Sidi Othmane. Cette dernière nia sa relation avec Saïda. "Je n’ai jamais soigné sa fille", leur a-t-elle affirmé.
Et qui a alors mis la petite fille dans un état pareil? Nouvel interrogatoire : Saïda, ne pouvant plus cacher la vérité, a fini par avouer. «C’est moi qui l’ai maltraitée», avoue-t-elle.  Stérile, Saïda a sollicité son époux de lui chercher une petite fille. Aussitôt, il a pensé à sa nièce de cinq ans. A ce propos, il s’est rendu, en juillet dernier, à Zagora où demeure son frère.
Ce dernier lui a confié Hassania sans hésitation. Saïda l’a accueillie avec joie. Enfin, elle va entendre le mot «maman».
«Au fil des semaines, j’ai commencé à remarquer que mon époux se comporte bizarrement avec elle», précisa-t-elle aux enquêteurs. Saïda est devenue jalouse de la petite fillette. «Je crois qu’il l’harcèle et je pense même qu’il abuse d’elle», souligna-t-elle.
N’acceptant pas le fait que la petite fille partage avec elle son homme, Saïda a commencé à la torturer. Elle brûlait son petit corps par une tige en fer. Etrange et cruel geste !
Convoqué, le mari a exprimé son étonnement devant les déclarations de son épouse. «Hassania est ma nièce et je la considère comme ma propre fille», a-t-il affirmé aux enquêteurs. Il savait que sa femme torturait sa nièce. «Mais, je ne pouvais rien faire pour elle», a-t-il ajouté. Mais abusait-il de la petite fille ? Le rapport du médecin légiste atteste que la fille n’a jamais subi de violence sexuelle. Bien qu’il soit blanchi par le rapport du médecin légiste, l’époux a été poursuivi pour non dénonciation d’un crime et non assistance à personne en danger. Tandis que l’épouse, elle, a été poursuivie pour abandon d’une mineure et sévices ayant entraîné la mort.
Les parents de Hassania sont sous le choc. Ils regrettent d’avoir abandonné leur propre fille. Terrible cas de conscience qu’ils auront le restant de leur vie.

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