Une tuerie aveugle à Azilal

Une tuerie aveugle à Azilal

En principe Abdallah devait rejoindre pour la première fois, lundi 15 janvier, son poste d’enseignant de mathématiques dans un lycée d’Agdz, à Zagoura. Mais il ne s’est pas présenté au rendez-vous avec le directeur de l’établissement. Il avait pourtant toutes les raisons d’arriver à l’heure: une vingtaine d’années d’étude, deux ans de militantisme dans les rangs des docteurs au chômage puis l’épreuve d’un concours qui lui avait enfin permis d’intégrer les rangs des enseignants. Tout ça pour s’absenter le jour où, enfin, il devait commencer à travailler. Etrange !
Nous sommes au douar Tizgui, commune rurale de Beni Âyate, cercle de Bzou, caïdat d’Aït Âttabe, à quelque vingt kilomètres de Beni Mellal. C’est là que Abdallah Âssime est né un jour de 1973. Il n’a profité de la tendresse maternelle que durant treize ans, c’est-à-dire jusqu’au décès de sa mère en 1986. Ce grand choc coïncida avec sa première année au collège d’Afourar. À l’instar de ses deux frères et de ses deux sœurs, il avait eu beaucoup de mal à accepter la disparition de sa mère. D’autant plus que son père s’est remarié. Heureusement et contrairement aux traditions, Zahra, leur belle-mère, étant stérile, les avait considérés, lui, ses frères et ses sœurs comme ses propres enfants. Elle avait déployé tous ses efforts pour qu’ils ne manquent pas d’affection.
Abdallah avait donc pu, en toute sérénité, suivre ses études. Excellent élève du primaire jusqu’aux classes préparatoires, brillant en mathématiques et en physique, il avait naturellement opté pour des études scientifiques. Licence en mathématiques à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech, études de troisième cycle assorties d’un diplôme d’études approfondies en informatique.
Son diplôme en poche, Abdallah se lance à la recherche d’un emploi qui lui permettrait de gagner honorablement sa vie et de fonder un foyer. Mais ce sont des portes fermées qui se succèdent devant lui.
Il entame alors, aux côtés de ses collègues diplômés chomeurs, un long parcours de militantisme pour réclamer un emploi. Deux ans plus tard, alors qu’il est au bord du découragement, il est admis à passer le concours de l’Académie d’Agadir. En attendant les résultats, il rejoint sa famille dans son douar natal. C’est là que tout le monde constate qu’il n’est plus ce jeune homme affable et souriant qu’ils connaissaient. Abdallah s’est renfermé sur lui-même, n’adresse plus la parole à personne. Que lui est-il donc arrivé ? Personne n’en sait rien. Sa famille et ses amis se perdent en hypothèses. Abdallah retourne à Agadir pour apprendre qu’il a réussi au concours. Il restera six mois dans cette ville pour effectuer son stage. Après quoi, il est affecté dans le lycée d’Agdz où il devait commencer son travail ce lundi 15 janvier.
Entre-temps, il a regagné son douar pour annoncer la bonne nouvelle à sa famille. Son père, ivre de joie, lui remet la somme de mille dirhams. Ce qui lui permettra, une fois installé à Agdz, de louer une chambre. Puis, retour au douar natal pour préparer ses valises, en vue d’un départ définitif prévu vendredi 12 janvier. Mais jeudi, tous ses plans sont chamboulés par un drame horrible : l’assassinat de Zahra, sa belle-mère !
Selon la déclaration d’Abdallah aux gendarmes venus l’arrêter, cette dernière ne cessait de le provoquer et qu’elle le détestait. Surprenante déclaration, dans la mesure où il était de notoriété publique dans le douar que sa belle mère le traitait comme son propre fils. Abdallah affirme pourtant aux enquêteurs ce jeudi-là que sa belle-mère l’avait insulté lorsqu’il lui avait demandé de lui préparer le déjeuner et l’avait frappé d’un coup de tabouret.
La suite est confirmée par le témoignage de Rachida, la sœur de Zahra. Rachida raconte comment Abdallah s’était approché d’elles puis avait empoigné violemment sa belle-mère avant de la cribler de coups de couteau puis de l’égorger férocement. Heureusement pour elle, Rachida était parvenue à s’enfuir.
A partir de là, la folie meurtrière d’Abdallah ne connaîtra pas de limites. Sa deuxième victime est Fadma, une voisine attirée par les cris. Vient ensuite le tour de la femme de son oncle et de Habiba, sa petite cousine. Heureusement, cette dernière ne sera que blessée. Sa quatrième victime est Aïda, une voisine qui avait vainement tenté de se réfugier sur le toit en découvrant la boucherie : c’est à coup de pierre sur la tête qu’Abdallah l’achèvera. La série meurtrière se terminera sans que ce dernier ne parvienne à tuer Rédouane, venu porter secours à sa sœur Fadma. Le jeune homme s’en tirera avec une blessure au niveau des côtes. Il sera sauvé par son frère qui, armé d’une hache, a finalement réussi à maîtriser le forcené.
Mais pourquoi Abdallah avait-il tué sa belle-mère ? «Par vengeance contre cette femme qui le haissait!», précise une source proche de l’enquête. Quant aux trois autres victimes, elles sont mortes pour s’être trouvées là où il ne fallait pas et au moment où il ne fallait pas… Elles ont été enterrées samedi dernier.
Abdallah aurait-il trop attendu d’obtenir enfin un travail ? Aurait-il, pour cette raison, surévalué l’hostilité de sa belle-mère ? C’est ce que l’expertise psychiatrique s’attachera peut-être à révéler.

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