Une victime jetée dans l’Oise

Elle ressemble à un jouet d’enfant, pourrait symboliser l’innocence et l’insouciance, mais cette carriole incarne l’extrême violence, comme un signal muet de l’horreur. De couleur rouge, avec des parties latérales métalliques grises et sinistres, elle est garée depuis lundi dernier, dans la salle de la Cour d’assises. Jusqu’à vendredi soir, l’heure du verdict, elle va stationner dans les esprits. «C’est un corbillard», observe sobrement Me Vignon, avocat de la partie civile, à propos de cette petite charrette tirée à bras mesurant moins d’un mètre de long. C’est dans cet étrange véhicule que le corps de Bernard Pechon, âgé de 46 ans, a été jeté comme du linge sale avant d’être précipité dans l’Oise. Cette scène s’est déroulée à l’issue d’une dispute, dans la nuit du 23 au 24 juillet 2007 à La Fère. Était-il vivant ou mort à cet instant ? Nulle certitude n’est avancée.Le lendemain, le corps est bien visible le long de la berge et l’un des accusés gagne l’eau pour l’entraîner plus loin. La manœuvre réussit. Le corps n’est retrouvé que l’après-midi du 7 août à Beautor. En plus d’une lésion au genou droit, un index et un pouce manquent à une main comme les extrémités des doigts à l’autre. Les jurés sont donc plongés brutalement dans l’univers des marginaux pour lesquels la loi reste une donnée bien vague, lointaine, comme un travail régulier. Eux ne connaissent que les rites barbares de la jungle. Leur horizon n’est même pas demain mais seulement aujourd’hui, avec des journées souvent balisées par des bouteilles d’alcool vides. Le plus impressionnant des deux accusés de meurtre s’appelle Jean-Paul Michaux, âgé de trente-neuf ans. Cet homme à la figure rougeaude parle fort, tente d’adopter la posture impeccable d’un individu affichant le remords, les mains croisées dans le dos. Ses épaules sont larges et il ne peut masquer une impression de force non maîtrisée. Ses yeux se mouillent de larmes quand il confie son amour intact pour l’accusée de non-assistance en danger. Elle se nomme Chrystelle Taillart, trente-six ans, et porte l’enfant d’un autre homme. Mais Jean-Paul Michaux, qui voulait devenir policier, semble prêt à tout pour survivre. Il a vendu de l’héroïne et de la cocaïne, sans y toucher lui-même pour sa consommation personnelle. Sur le pavé, c’est chacun pour soi. Philippe Dubois, 52 ans, a été condamné à dix reprises.

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