Violée en rentrant de son travail

Violée en rentrant de son travail

Houda en est-elle arrivée à maudire le jour où elle a mis les pieds à Casablanca ? Jusque-là, cette idée ne lui aurait même pas effleuré l’esprit. Houda y a d’abord trouvé refuge et les moyens de gagner sa vie et d’aider sa famille qui demeure à Benguérir. Elle compte en effet parmi ces jeunes contraints de «pallier la pauvreté» de leurs parents en travaillant dans n’importe quelles conditions, notamment l’éloignement. De ce fait, Houda accepte le sacrifice de ne voir sa famille que deux fois par an, lors des fêtes d’Al Fitr et du sacrifice, tout en lui envoyant régulièrement de l’argent.
Cependant, Houda a toujours respecté le droit chemin, même si elle sait bien que ses parents se soucient peu de la façon dont elle gagne l’argent qu’elle leur envoie. Mais elle a sa fierté et sa dignité de femme qu’elle place au-dessus de toute autre considération. Malgré les conseils de certaines filles qu’elle a eu l’occasion de rencontrer, elle n’a jamais cédé à la tentation de l’argent de la prostitution. Houda en remercie ses parents, elle sait qu’elle a eu la chance d’être bien élevée même si, dépourvue d’instruction et de formation professionnelle, elle n’a d’autre choix que de gagner sa vie en travaillant comme femme de ménage chez les familles plus ou moins aisées de Casablanca.
Elle est donc confrontée aux tâches ingrates et répétitives du ménage. C’est elle qui se lève la première pour préparer le petit-déjeuner, c’est elle qui se couche la dernière après avoir desservi le diner et rangé la cuisine. Autrement dit, elle est souvent contrainte de rentrer tard chez elle, dans sa petite chambre de Derb El Foqara, à Derb Soltane.
Nous sommes le lundi 13 novembre. Houda ne quitte ses employeurs que vers vingt deux heures passées. Elle ne gagne pas assez d’argent pour s’offrir un retour en taxi. Et personne ne songerait à la conduire en voiture pour la raccompagner chez elle. Alors elle y va à pied. Elle se dit qu’elle n’a rien à craindre, mais elle s’arrange tout de même pour n’emprunter que les chemins éclairés. Elle choisit aussi de passer par les quartiers de villas, pour réduire encore les risques de mauvaises rencontres.
Hélas, Houda ne pourra éviter ce clochard qui l’aborde le long du boulevard Modibo Keïta, malgré le cadre luxueux et faussement paisible de la zone villas. Il est onze heures du soir, le jeune homme qui vient de l’aborder fracasse soudain son illusion de tranquillité. Pétrifiée de terreur, elle trouve encore le courage de sortir son porte-monnaie et de le tendre à l’inconnu.
Mais ce dernier n’en veut pas. Sortant un couteau qu’il dissimulait sous ses vêtements, il lui ordonne de demeurer silencieuse en la menaçant impitoyablement. Houda sent la pointe du couteau contre ses côtes. Elle a totalement cessé de résister, elle s’abandonne au mouvement de l’homme qui avance en la tenant contre lui sous la menace du couteau. Ils marchent ainsi un moment, sans attirer l’attention des très rares passants qu’ils croisent.
Il l’entraîne ainsi jusqu’à une maison dont il possède la clé. Il la force à entrer, puis la gifle afin de «briser» sa volonté. Houda se déshabille et se tient devant l’homme, se disant peut-être qu’en se montrant docile, elle sauvera au moins sa vie…Mais le jeune homme n’est pas rassuré par l’attitude passive de Houda. Il entreprend donc de la ligoter avec son foulard. C’est alors seulement qu’il passe à l’acte. Bestialement, le prédateur viole l’infortunée et se «repaît d’elle» à sa guise Avant de la jeter à la rue, à peine couverte de ses vêtements et dans un état lamentable.
Houda sera trouvée ainsi par un passant qui appellera la police. Sur son lit à l’hôpital Bouafi, elle livrera aux enquêteurs le signalement de son agresseur. Les services de police ne tarderont pas à identifier un certain Ould Aïcha, qui avouera le crime. Le violeur a été traduit devant le parquet général près la Cour d’appel de Casablanca.
Quelques jours plus tard, Houda quitte l’hôpital munie d’un certificat médical d’ITT de quarante jours comme seul réconfort. Comment donc vivre quarante jours sans travailler? Et où trouver le goût de vivre à présent que la femme en elle a été brisée ?

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *