140 milliards de dirhams en dix ans

140 milliards de dirhams en dix ans

Le patron du Conseil économique, social et environnemental (CESE) a émaillé sa présentation du «modèle de développement pour les provinces du Sud» d’ambitions qui fascinent et de chiffres qui donnent le tournis. Pourtant, vendredi à Rabat devant un parterre des membres de la commission de rédaction du document et de journalistes, Nizar Baraka s’est prévalu de réalisme et s’est évertué à donner de lui l’image d’un président fidèle à son engagement de privilégier le concret.

Son argumentation en réponse aux remarques sur l’énormité de l’effort financier et humain à consentir pour réaliser «le développement durable et le progrès social pérenne» des provinces sahariennes dans une situation de raréfaction des ressources se résume à ceci : qui peut le moins peut le plus et les sacrifices du Maroc en faveur de ses provinces sahariennes est déjà colossal. Mais, laisse-t-il entendre, qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas tant une affaire de quantité et d’importance des ressources que de rationalisation de leur emploi. Car «le modèle de développement appliqué jusque-là dans la région a atteint ses limites. Il y a besoin d’une nouvelle dynamique, fondée sur des exigences de durabilité, de démocratie participative et de cohésion sociale, orientée vers la création de richesses et d’emploi».

Dans ce dessein, dans ce destin, ont commenté certains, une nouveauté de taille : «le respect et l’effectivité des droits humains fondamentaux des citoyens». Modeste, le président du CESE ne s’est pas étendu sur cette question, mais dans l’auditoire, nombreux sont ceux qui ont relevé que c’est à leur connaissance la première fois qu’un plan de développement économique et social parle des droits de l’Homme.

Inscrits au nombre des fondements du nouveau modèle, ils figurent en bonne place aux côtés de la quête de développement humain inclusif et durable, la consolidation de la place de l’Etat dans son rôle de régulateur et de garant de l’application de la loi, et la participation des acteurs représentatifs et de la population locale à toutes les phases d’élaboration et de mise en œuvre des programmes de développement de la région.

Quatre piliers que Nizar Baraka a commentés ainsi : «Ce modèle de développement qui a été fait par et pour les populations locales vise également à faire de nos provinces du Sud  un espace géostratégique de référence pour la paix, la stabilité et la prospérité partagée pour l’ensemble de la région euro-africaine».

Dans sa phase de moyen terme –les 10 ans à venir-, le modèle prévoit de doubler le PIB de ces régions et d’y créer 120.000 emplois. Objectifs qui seront accompagnés de mesures sociales tendant à élargir les rangs de la classe moyenne, notamment par l’éradication de l’une des tares qui ont obéré l’œuvre de développement dans ces territoires : les situations de rente et la répartition non équitable des ressources et des revenus.

Le CESE parle à ce propos de «système social plus équitable, fondé sur des filets sociaux ciblant les populations les plus vulnérables, sur la base de critères connus de tous». Mais, a démontré Nizar Baraka, le nouveau modèle de développement ne vaut pas seulement par la recherche du développement durable et inclusif qui profite essentiellement aux populations locales, il est également remarquable par la place qu’il ambitionne pour la région en tant que courroie de transmission des flux de richesse et de progrès à l’échelon du continent. Il s’agit, a-t-il précisé, de conférer aux provinces du Sud une fonction de hub entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne au moyen d’une série de réalisations qui les place au centre d’un réseau de communications et de télécommunications aux aboutissements multiples.

Moyens préconisés pour y parvenir : un cluster maritime, un plan de connectivité adéquat basé sur le développement des autoroutes électriques, la construction de la rocade atlantique et de la route du désert, le renforcement du réseau portuaire, maritime et aérien et, la mise en place d’une plate-forme d’aménagement numérique du territoire et de plates-formes logistiques et de commerce. Effort qui sera du reste conforté par la création «de pôles d’excellence ouverts à la coopération régionale maghrébine et subsaharienne en matière d’éducation, de formation qualifiante, d’enseignement supérieur, de santé et de recherche scientifique appliquée».

Tout cela a un coût, a déclaré le président du CESE qui a avancé le chiffre global de 140 milliards de dirhams. Mais, a-t-il précisé, bien que l’Etat soit appelé à être le principal pourvoyeur de fonds, l’amélioration de l’attractivité par les investissements en infrastructure et par l’amélioration du climat des affaires devraient drainer le capital privé. Dans l’immédiat l’élément phare du dispositif d’attraction est les incitations fiscales. Le CESE estime en effet que l’IS et l’IGR devraient être avantageux, la TVA et les taxes locales normalisées et il considère qu’il y a nécessité à authentifier l’existant en immatriculant et en régularisant le foncier public par l’exécution des jugements et le règlement des litiges.

Programme de développement global, le nouveau modèle se devait d’embrasser tous les aspects de la vie sociale, a affirmé Nizar Baraka qui a rappelé qu’il s’agit en particulier de rétablir la confiance entre les citoyens et les représentants de l’Etat en favorisant la participation des populations et en accordant la primauté à la loi, en rompant avec l’économie de rente et en libérant l’initiative privée et aussi, en substituant aux politiques sociales actuelles une stratégie intégrée de développement humain.

Il a également considéré que la force du programme réside dans le fait qu’il institue un système de transferts monétaires conditionnels ciblés sur les populations vulnérables, établit un modèle de gestion et de répartition des ressources naturelles soucieux de durabilité et d’équité, rompt avec la stratégie de court terme et vise à désenclaver les provinces du Sud. Gardant le meilleur pour la bonne bouche, le président du CESE a aussi cité au titre des lignes de force du projet la reconnaissance de la culture en tant que droit et son érection en levier de développement et, la réussite de la régionalisation avancée. Car pour être efficace, la mise en œuvre du nouveau modèle de développement doit s’appuyer sur une autonomie de décision et de réalisation des projets au niveau des provinces.

La régionalisation avancée est le cadre institutionnel idoine pour cela, a-t-il conclu, soutenu pour l’occasion par Mohamed Horani, membre du CESE et ancien président de la CGEM, qui, en réponse à une question d’ALM, a déclaré que c’est tellement le cas que c’est la volonté royale que de marquer la mise en œuvre de cette régionalisation à partir des provinces du Sud.

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