À propos de la hantise de la récupération

Le mouvement social est en panne, le militantisme est en crise dans les organisations politiques mais aussi dans les syndicats et les mouvements associatifs et culturels. Il y a des explications à ce phénomène.
Pour Mohamed Berdouzi, professeur à l’Université Mohammed V de Rabat, cette panne est liée à un militantisme actif, longtemps sur la base d’une idéologie, mais qui n’arrive pas encore à se manifester en termes d’essor d’innovations, en raison du déficit d’idéologie qui caractérise la conjoncture actuelle. A ce premier facteur explicatif s’ajoute celui portant sur les conséquences des mutations que traverse notre société et qui se manifestent dans le changement du statut et du positionnement des militants tiraillés entre l’attrait de la promotion sociale et le nomadisme dû en grande partie à la déception.
Un phénomène manifestement connu chez les militants de base, déçus et dégoûtés de voir les moins militants parmi eux et des derniers à être engagés parvenir à des postes de responsabilité, alors qu’ils sont marginalisés et laissés pour compte. Le troisième facteur à évoquer, à cet effet, consiste en la crise du militantisme. Ce modèle qui devient de proche en proche archaïque et suscite le mépris et l’indifférence en raison de sa focalisation sur le discours.
Le temps précise M. Berdouzi, ou plutôt les gens ( pour employer ses propres mots) ont besoin d’un travail de proximité et d’une action sociétale qui s’exerce et se pratique à l’intérieur de la société civile et l’introduit dans une nouvelle dynamique de changement, comme c’est le cas en ce qui concerne le travail qui se fait au niveau des droits de l’Homme, de la défense de l’environnement ou de la cause féminine, etc…
Le recul du militantisme est souvent justifié, chez les intellectuels partisans par la «crise» économique qui ankylose de proche en proche tout le tissu social, par la fatigue ou la désertion des anciens militants et de l’éclipse du rêve portant sur les lendemains qui chantent, ou par les médias audio-visuels qui court-circuitent le canal et le message militant. Mais, dans le rapport entre société civile, il faut attirer l’attention sur la réalité telle qu ‘elle est pour pouvoir la changer.
A l’heure actuelle, comme le remarque, à juste titre le professeur Berdouzi, l’on assiste à un mouvement à double sens : une descente du politique, d’une part, vers la société civile, pour l’investir et capitaliser le crédit populaire et une émergence, d’autre part, d’une action sociale en dehors des partis et de leur contrôle, comme cela se manifeste à travers les nombreuses associations qui agissent au niveau de la société civile. Ceci étant, l’amalgame n’a aucune raison d’être. Notre interlocuteur est catégorique à ce sujet. «La société civile, dit-il, est un laboratoire qui ne pourra jamais remplacer la société politique. La militance civile est un prélude à l’action politique laquelle se doit de constituer son prolongement. Mais, mise en garde oblige : l’engagement à outrance pourrait se solder par le désengagement de la société civile, soit par une nouvelle façon de concevoir et de vivre le politique.
En le dépassant ou le rejetant. Bien entendu, cette gymnastique intellectuelle se traduit chez certains anciens militants par la peur d’être récupérés par le système. Une réaction objective qui s’explique, en partie, par le fait que le consensus du changement de camp se des fois dans l’humiliation.

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