À qui profite le crime ?

La question de savoir si la pénalisation de la production et de la consommation du cannabis est derrière les sommes d’argent brassées par toute la filière fait débat. En tout cas, une certitude se dégage : les revenus tirés de la drogue ne profitent pas en premier aux agriculteurs, mais surtout aux intermédiaires. Un rapport de l’ONU souligne d’ailleurs que les pays consommateurs tirent 98 % des revenus de la drogue, alors que les pays producteurs doivent se contenter du reste. Il est tout de même intéressant de soulever que le cannabis figure sous la rubrique « Cultures industrielles » dans les données livrées par le ministère de l’Agriculture marocain. Ce dernier faisait état de 90 000 hectares cultivés en 2000. Quant aux quantités de haschisch produites, l’OGD fournit différents chiffres se basant sur des études réalisées par des pays concernés. Ainsi, l’Espagne fait état de 1 750 tonnes, le département d’Etat des Etats-Unis 2 000 t. Pour l’Observatoire de la criminalité, basé à l’Université de Louvain… il y a 200.000 ha en culture au cours de l’année 2001-2002 (…). Ces données ont été rendues publiques lors du World Economic Forum à Davos. Le nombre de familles qui vivent directement de cette activité se chiffre, selon l’Agence du Nord, à 16 000 alors que d’autres avancent le chiffre de 200.000 familles, soit 1 million de personnes…Qui croire ? Selon les estimations des analystes, un hectare de cannabis génère une recette de 15 à 24 000 DH. Même pour le scénario le plus optimiste, la récolte annuelle globale ne dépasserait pas 2 milliards de DH. En face, la recette générée, selon les chiffres de la Commission européenne, se situe à plus de…20 milliards de DH. La superficie moyenne par famille est de 6,67 ha dans la province de Chefchaouen et de 7,78 ha dans celle de Al Hoceima, dont la moitié environ est cultivée en cannabis. Une thèse publiée en 1989, nous apprend que dans le pays Rhomara, devenu un des centres de la production de cannabis, les propriétés de 0,1 à 5 ha représentent 61, 5 % des propriétés et détiennent 48,7 % de la terre. De nombreux paysans ne cultivent vraisemblablement que de 1,5 ha à 3 ha (non irrigués) de cannabis. Des données les plus récentes (2001) sont fournies par des spécialistes marocains qui ont accès aux parcelles dans le cadre de projets de développement alternatif. Elles concernent une région de haute altitude où les parcelles sont très petites et la taille du cannabis réduite. Dans ces conditions défavorables, ils avancent un rapport de 4000 euros pour une production en terres pluviales et de 10 000 à 15 000 euros pour une production en irrigué. Dans d’autres régions, les rapports sont plus élevés et pourraient atteindre, dans des conditions optima, jusqu’à 30 000 euros par hectare. Quelle que soit l’estimation retenue, elle est sans commune mesure avec le rapport des produits licites les plus ouvrants ! La culture du cannabis étant cependant plus rentable que toute autre culture, les paysans continuent à la préférer aux cultures de céréales.

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