Abbas El Fassi se démarque de Jettou

«Abbas El Fassi dit tout haut ce que nombre de ses collègues au gouvernement pensent tout bas». C’est en termes qu’un membre de la majorité qualifie la dernière sortie du leader de l’Istiqlal. Une sortie sous forme de confidence à notre confrère arabophone Al Ahdath Al Maghribia. Il s’agit de propos off qu’aurait tenu le ministre d’État sans portefeuille à deux journalistes du quotidien au siège du Parlement jeudi 20 novembre. M. El Fassi a marqué son mécontentement quant au style des conseils de gouvernement, ajoutant qu’il compte proposer au Premier ministre une nouvelle façon de faire nécessaire à ses yeux : inaugurer ces réunions hebdomadaires par une conversation d’un quart d’heure minimum sur la situation générale du pays de telle sorte à échanger les points de vue et à savoir ce qui se passe au lieu de (plonger) dés le début dans l’étude et l’approbation des projets de lois, de décret et d’accords“. Abbas El Fassi aurait, par la même occasion, salué le rôle “vital“ joué par la presse nationale comme vecteur d’information dans une conjoncture marquée par “la morosité“ de la vie politique. On est loin de des lauriers tressés par M. El Fassi au chef du gouvernement dans un entretien publié dans «Le Matin du Sahara et du Maghreb» du 11 mars 2003 où l’interviewé avait déclaré dans un long passage : “Tout le monde fait confiance à Driss en ce qui concerne son objectivité et son esprit non partisan. Ses relations sont sur un pied d’égalité avec tous les partis qui composent le gouvernement. On ne sent plus cette hégémonie et il n’a y a plus cette surveillance réciproque qui existait auparavant(…). Nous n’assistons plus à des ministres qui ont le privilège d’avoir des informations et d’autres qui ignorent tout“. Apparemment, Abbas El Fassi n’est plus content. Et il le fait savoir. Abbas El Fassi ne se plaint plus sous cape du gouvernement. Il distille désormais ses critiques en public. Les observateurs privilégiés des soubresauts du microcosme politique voient dans le propos de l’intéressé une manière de se démarquer de Driss Jettou en tant que Premier ministre en dégainant de nouveau son fameux “soutien critique“ qu’il avait opposé à l’ex-Premier ministre Abderrahmane Youssoufi. De là à percevoir dans ses griefs une relance par l’intéressé de son ambition contrariée d’accéder à la primature, il n’y a qu’un pas que nombre de personnes dans l’entourage du chef du gouvernement ont vite franchi… Les mêmes personnes considèrent que Abbas El Fassi croit que le moment est venu de se positionner dans la perspective d’un remaniement “premier“ ministériel que le titulaire actuel du poste avait récemment écarté au demeurant lors d’une rencontre avec la presse. M. El Fassi veut se poser déjà en alternative en s’opposant. Par ailleurs, lors d’une réunion de Abbas El Fassi avec les bureaux des alliances professionnelles du parti, il est revenu entre autres sur les dernières élections communales qui à ses yeux ont débouché à l’occasion de l’élection des présidents sur des alliances contre-nature. “ Ce qui s’est passé,a-t-il expliqué, ne cadrait pas avec l’accord de principe passé entre le Parti de l’Istiqlal et ses alliés naturels, notamment l’USFP“. L’Istiqlal fait à son tour entendre sa petite musique différente à travers ses deux organes de presse. Abdelkrim Ghallab qui critique la Loi de Finances 2004 qu’il qualifie de copie conforme de la précédente, «L’Opinion» qui révèle à la Une un projet gouvernemental d’équiper les ministres en voitures BMW dernier cri… Tout cela fait désordre. D’aucuns peuvent arguer que l’Istiqlal est connu pour sa propension à user d’un double langage et à se désolidariser de la politique gouvernementale. “Un membre important du gouvernement, fût-t-il sans portefeuille, qui se démarque de cette façon de M. Jettou et de son gouvernement est un indicateur du malaise qui traverse une équipe de moins en moins visible“, confie un député de l’opposition. “ Le gouvernement de Driss Jettou a besoin sérieusement d’un lifting et d’un remodelage en profondeur“, renchérit un conseiller de la majorité. Fini l’enthousiasme qui avait accompagné la formation en novembre dernier du cabinet Jettou ? “ Ce gouvernement dure ce que dure une assurance, une année“, raille un observateur privilégié de la scène politique. Quelles que soient les considérations qui sous-tendent les griefs du patron de l’Istiqlal, ceux-ci ne sont pas dénués de fondement et trouvent même écho depuis quelque temps dans de larges pans de l’establishment. Absence de visibilité, manque d’homogénéité, équipe pléthorique, majorité non soudée, ministres d’inégale valeur… Le gouvernement actuel, pensent beaucoup de gens, a été pris en défaut sur ses supposés points forts que sont essentiellement les qualités intrinsèques, du reste indéniables, du Premier ministre.

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