Abdelhakim Aboulouz : «Les villes touristiques sont des cibles potentielles pour Al Qaïda»

Abdelhakim Aboulouz : «Les villes touristiques sont des cibles potentielles pour Al Qaïda»



ALM : L’Intérieur privilégie la piste Al Qaïda. Qu’en pensez-vous ?
Abdelhakim Aboulouz : Nous disposons d’un seul indicateur confirmant l’implication d’Al Qaïda dans l’attentat, à savoir le déclenchement à distance de la bombe. D’ailleurs, ce dispositif est très répandu chez Al Qaïda. C’est en se basant sur cette piste que l’Intérieur a fondé son jugement. Cependant, nous devons obtenir davantage d’indices pour confirmer cette thèse. Car les procédés de fabrication d’une bombe sont disponibles sur Internet et n’importe qui peut s’initier à cette technique. Malgré cela, l’implication d’Al Qaïda est fort probable, car le contact d’Al Qaïda avec ses disciples peut être à la fois symbolique et virtuel sans pour autant être direct.

Pourquoi cibler Marrakech ?
Les villes touristiques sont des cibles potentielles pour Al Qaïda. Le but étant de porter atteinte au plus grand nombre de la population des pays occidentaux. Ceci est considéré comme un coup indirect aux chefs de ces Etats. Et du moment que Marrakech est la première destination touristique, il est tout à fait normal qu’elle soit ciblée après avoir échappé aux attentats du 16 mai 2003. Cela démontre l’évolution qu’Al Qaïda a connu au niveau de l’utilisation des techniques avancées. 

Al Qaïda a généralement recours à des kamikazes. Qu’est-ce qui explique le recours au déclenchement de la bombe à distance dans cet attentat ?
Depuis l’annonce de l’existence d’Al Qaïda, ses techniques et méthodes dans l’exécution de ses attentats se sont multipliées. Cependant, la toute première technique était de former et de mener au front des martyres ou plutôt des kamikazes pour effectuer ce genre d’opérations. Par la suite, cette méthode a évolué vers les engins explosifs commandés à distance. Cela prouve la diversité et la multiplicité des réseaux sociaux et des adeptes de l’organisation qui comprend autant de kamikazes ordinaires que de grandes compétences dans le domaine des explosifs. Al Qaïda refuse le monde tel qu’il est, mais n’hésite pas à profiter de ses évolutions technologiques.

Quelles sont les répercussions de cet attentat sur le processus de réformes?
Je ne pense pas que l’attentat a un impact sur le processus de réformes que le pays connaît. Ceci pour deux raisons. D’abord, Al Qaïda, dont l’implication est supposée dans l’opération, ne croit ni à la démocratie ni aux réformes que le pays vise à atteindre. Tout ce qui préoccupe cette organisation, c’est de lutter contre les athées et les musulmans égarés, notamment les chefs d’Etat. Al Qaïda n’a aucune visée politique en dehors de ce cadre. Ensuite, la deuxième raison consiste dans le fait que le processus de réformes est conduit par la plus haute autorité au Maroc. Le désistement par rapport à ces réformes est de nature à porter une grande atteinte à la crédibilité des promesses royales.

Pourquoi le Maroc n’a pas réussi à déjouer cet attentat ?
Après les attentats du 16 mai 2003, le Maroc a réussi à déjouer des attentats terroristes. Dans ce sens, cet attentat a été d’un grand niveau d’organisation au point de dérouter les services de renseignements de l’État. Tout comme les moyens de combattre le terrorisme se développent dans les pays, les terroristes acquièrent plus d’expérience dans leurs opérations successives surtout dans les nouvelles technologies. Ce domaine permet aux terroristes d’arriver à leur fin sans compter de pertes humaines dans leurs rangs.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *