Abdelilah Benkirane : «Le ministère de l’Intérieur ne doit pas être le porte-parole d’un parti politique»

Abdelilah Benkirane : «Le ministère de l’Intérieur ne doit pas être le porte-parole d’un parti politique»

ALM : Le ministère de l’Intérieur a dénoncé récemment, dans un communiqué, les positions de votre parti à propos de la régularité des élections. Qu’en dites-vous ?
Abdelilah Benkirane : Les membres de notre parti ont participé à la réunion de la Commission de l’Intérieur à la Chambre des représentants pour discuter avec le ministère de l’Intérieur. C’est une pratique parlementaire normale. Lors de cette réunion, Mustapha Ramid, Saâd Eddine Othmani, M. Ibrahimi et M. Aftati ont raconté au ministre de l’Intérieur ce qu’ils ont réellement vécu lors de l’élection du nouveau président du conseil de la ville d’Oujda. Ces personnes ont été victimes d’une injustice. Elles ont raconté les choses telles qu’elles les ont vécues. Le ministère de l’Intérieur n’aurait pas dû publier un tel communiqué. Il aurait dû ouvrir une enquête afin d’établir la vérité sur ce qui s’est passé à Oujda. Je me demande dans ce cadre comment le ministère de l’Intérieur a-t-il fait pour s’assurer que ce que nous avons affirmé à propos des événements d’Oujda n’est pas vrai et ce, sans mener une enquête. Tout le monde est au courant de ce qui s’est passé à Oujda et il ne s’agit nullement d’allégations mensongères. Le PJD n’a pas l’habitude de mentir.
 
Le département de Chakib Benmoussa affirme que contrairement à ce qui a été avancé par certains membres du PJD lors de la réunion de la Commission de l’Intérieur, les autorités publiques ont conduit le scrutin avec sérieux et fermeté. Quel commentaire en faites-vous ?
Tout le monde a le droit de défendre sa position. Par contre ce que nous demandons c’est une commission parlementaire d’investigation pour trancher. Le ministère de l’Intérieur devrait faire preuve de neutralité active. Ce département est le ministère de tutelle des partis politiques et doit se comporter en tant que tel.
Le ministère de l’Intérieur ne devrait pas être le porte-parole d’un parti politique. Avant de prendre une position à notre encontre, ce ministère aurait dû dépêcher une Commission d’investigation à Oujda. C’était d’ailleurs l’une de nos revendications. Ce qui s’est passé réellement dans cette ville c’est un coup de force de la part de certains services de l’autorité pour dissoudre la coalition du PJD à Oujda. Nous n’avons rien fait d’exceptionnel. Ce qui se passe en réalité, c’est que certains veulent nous faire taire alors que nous sommes des parlementaires. Le PJD compte continuer à assumer ses responsabilités.
 
Le communiqué du ministère de l’Intérieur vous accuse d’adopter une stratégie malsaine afin de se présenter en victime, objet d’un complot en vue de s’attirer la sympathie et le soutien. Que répondez-vous à cela ?
Le PJD ne joue nullement le rôle de la victime, il est victime. Le jour où les résultats des élections ont été présentés et le PJD a été classé au sixième rang, nous n’avons pas contesté les résultats, alors que nous aurions pu le faire. Au contraire, au lendemain de l’annonce des résultats, moi-même j’ai déclaré à la presse que la falsification des résultats des élections, qui a souvent eu lieu par le passé, a régressé. Le PJD a eu toujours le courage de reconnaître au ministère de l’Intérieur les points positifs. Mais il relève aussi de notre mission en tant que parti politique responsable, de mettre l’accent sur ce qui ne marche pas.
 
Le ministère de l’Intérieur affirme que votre parti s’est employé à empoisonner l’atmosphère normale des élections dans plusieurs villes. Qu’en dites-vous ?
Je refuse de commenter de tels propos.
 
Et que pensez-vous de la démarche du Parti Authenticité et Modernité (PAM) qui vient de déclarer son intention de poursuivre le PJD en justice ?
Qu’il le fasse ! Toute personne a le droit de porter plainte devant la justice, c’est tout. En plus, ce sera pour nous l’occasion de faire savoir à l’opinion publique notre position vis-à-vis de ce parti. Et ce sera également l’occasion pour prouver lequel des deux partis, le PJD ou le PAM, est plus proche du peuple. 

 
Le ministère de l’Intérieur et le PAM haussent

le ton contre le PJD


Le ministère de l’Intérieur a fermement dénoncé, lundi 13 juillet, dans un communiqué, les allégations du Parti de la justice et du développement (PJD) sur la régularité des élections communales du 12 juin, tenues par certains membres du parti lors de la réunion de la Commission de l’Intérieur à la Chambre des représentants. Le communiqué du département de Chakib Benmoussa a affirmé, dans ce cadre, que les autorités publiques ont conduit les échéances électorales avec sérieux et fermeté, conformément aux responsabilités qui leur incombent dans ce domaine. «Les allégations fallacieuses et accusations dénuées de fondement de certains intervenants, membres du parti, et qui ont dépassé l’enceinte parlementaire pour atterrir dans les tribunes médiatiques nationales et chez des parties étrangères, visent à mettre en cause et à semer le doute sur la régularité des élections des instances exécutives des conseils communaux», a souligné le communiqué.  Le ministère de l’Intérieur a indiqué, en outre, que les données disponibles ont montré que le PJD «s’est employé à empoisonner l’atmosphère normale des élections dans plusieurs villes, dont la ville d’Oujda» où il s’est livré, toujours selon la même source, dans le cadre de sa stratégie fondée essentiellement sur le parasitisme et le tapage médiatique, à des allégations mensongères et des déclarations tendancieuses à caractère politicien. Par ailleurs, le bureau national du Parti Authenticité et Modernité (PAM) a indiqué, dans un communiqué rendu public mardi 14 juillet, que le parti a décidé d’entamer des poursuites judiciaires contre le PJD. Cette décision se justifie selon le communiqué par «le discours du PJD et ses positions hostiles et agressives, émaillées de diffamation et d’accusations graves à l’encontre des dirigeants du PAM». Le communiqué indique en outre que le bureau national du PAM a pris cette décision «après avoir évité, pendant longtemps, de s’engager dans une polémique stérile ou des guéguerres, assorties de violence verbale adoptée par le PJD et sa machine propagandiste depuis la naissance de notre projet politique». Selon  la même source, le PAM affirme que la direction du PJD n’a eu de cesse d’utiliser sciemment un vocabulaire grave, effrayant et étrange à l’égard du bureau national du PAM, tels que «terroriste aux penchants éradicateurs», «éradicateur», «bande de Biadillah et ses sbires» et «comparse», tout en qualifiant le projet du PAM de «menace pour la démocratie», «massacre de la démocratie» et «parti unique».


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