Abdellah Rami : «L’idéal est d’introduire la culture de la tolérance et du pardon»

Abdellah Rami : «L’idéal est d’introduire la culture de la tolérance et du pardon»

ALM : Quelle est la différence entre le 16 mai et le 28 avril ?
Abdellah Rami : Il y a trois points à noter. Tout d’abord, les exécuteurs des attentats du 16 mai sont des groupes kamikazes issus d’un mouvement qui était actif à cette époque au Maroc, la «Salafiya Jihadia». Par contre le cerveau de l’attentat du 28 avril est, selon les dernières données, un seul individu influencé par l’idéologie d’Al Qaida et qui suivait régulièrement ses activités sur Internet. Le deuxième point de convergence entre les deux attentats réside dans le style de l’explosion. Il y a huit ans, les exécuteurs des attentats de Casablanca ont essayé de suivre la tendance aux Etats-Unis, en Indonésie et en Tunisie, et ce en adoptant la technique des attentats-suicides avec l’usage des ceintures explosives. Par ailleurs, l’attentat d’Argana a révélé une nouvelle technique jamais utilisée auparavant. Il s’agit de l’explosion à distance. C’est une technique dangereuse et sans précédent dans la région, vu qu’elle n’a jamais été employée par les adeptes d’Al Qaida. D’autant plus que la maîtrise de cette technique nécessite une formation professionnelle dans les camps armés. Donc, l’initiation à ce genre de pratique par Internet rend la lutte antiterroriste plus difficile. La troisième différence concerne la cible. Les attentats du 16 mai ont ciblé, en premier lieu, la communauté juive et certains endroits de la ville sous prétexte qu’ils sont mal fréquentés alors que l’attentat de Marrakech a ciblé les touristes et par conséquent le tourisme marocain.

Quel commentaire faites-vous du comportement des autorités face aux événements du 16 mai et du 28 avril ?
Il est clair que les autorités ont acquis une grande expérience dans le traitement de ce genre d’incident. Suite aux attentats du 16 mai, les autorités ont eu recours aux arrestations massives dans les rangs des individus appartenant à l’idéologie salafiste. Par contre, dans ses investigations concernant l’attentat de Marrakech, les autorités se sont limitées à faire face au cerveau de l’attentat et ses collaborateurs. Ceci prouve que les autorités sont de plus en plus expérimentées et leur démarche est de plus en plus précise. Cela résulte de la disponibilité des données, de l’accumulation d’expérience et la coordination avec de multiples services sécuritaires étrangers.

Que dites-vous à propos de l’attentat de Marrakech ?
Jusqu’à présent, nous ne disposons pas d’informations suffisantes pour dresser un bilan clair concernant les auteurs de l’attentat. Mais il est certain que la technique de l’explosion à distance indique que les commanditaires ont une certaine maîtrise et clairvoyance notamment en matière de sécurité ce qui laisse entendre qu’il existe toujours une partie manquante dans cette affaire. La question qui se pose aujourd’hui est la suivante: Internet pourrait-il encadrer de façon professionnelle les auteurs de l’attentat? Ou bien existe-t-il des mains invisibles? Seul le développement de l’enquête est capable d’apporter des réponses claires à ce questionnement. Il est important de concentrer les efforts autour de la dimension idéologique dans la lutte contre le terrorisme. Car avant tout, l’environnement «intégriste» est la source du terrorisme. Ainsi, l’amélioration de la sécurité idéologique revêt une grande importance. L’idéal est d’introduire la culture de la tolérance et du pardon, ainsi que de consolider les valeurs de compréhension et du dialogue.

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