Abdelouahed Radi (USFP) : «Dans un parti sérieux, sortir du gouvernement ne se fait pas sur un coup de tête»

Abdelouahed Radi (USFP) : «Dans un parti sérieux, sortir du gouvernement ne se fait pas sur un coup de tête»

ALM : Votre si long parcours politique et partisan vient d’être récompensé par votre élection à la tête de l’USFP. Que veut dire pour vous être premier secrétaire du premier parti de Gauche  ?
Abdelouahed Radi  : C’est vrai que j’ai un long parcours politique. J’ai milité au sein du mouvement national, dans le parti de l’Istiqlal, dès mon très jeune âge. J’ai été parmi les fondateurs de l’Union nationale des forces populaires (UNFP) en 1959. J’ai participé de très près à la préparation et au déroulement du congrès extraordinaire de 1975 qui a donné le nom actuel de l’USFP et choisi l’option démocratique. J’ai assumé ma première responsabilité nationale en 1962 au 2ème congrès du parti comme membre du Conseil national puis, en 1967, comme membre de la commission administrative, ensuite, comme membre du bureau politique en 1989 et comme premier secrétaire-adjoint en 2003 pour être élu premier secrétaire de l’USFP en 2008. J’ai été, durant ce parcours, le modeste compagnon de beaucoup de grands dirigeants avec à leur tête Mehdi Ben Barka, Abderrahim Bouabid, Abderrahmane Youssoufi et mon prédécesseur Mohamed Elyazghi.
Aujourd’hui, la confiance du parti m’honore et m’oblige à la fois. Je suis conscient du poids de la tâche et de l’importance du défi à relever à tous les niveaux. Cependant, je suis confiant parce que je ne suis pas seul, le parti dispose d’hommes et de femmes de grande valeur et d’un haut niveau de compétence, à l’intérieur et à l’extérieur du bureau politique. Ensemble, j’en suis sûr, nous arriverons à faire face aux difficultés conjoncturelles, à donner à l’USFP le rôle d’unificateur de la Gauche et d’animateur de la vie politique.

Avez-vous, déjà, établi un plan pour redresser la situation de votre parti  ?
Ensemble, nous avons pour mission de remettre le parti sur pied, de le hisser à la place qu’il mérite et d’être, comme il l’a toujours été, à l’avant-garde des serviteurs de ce pays. La réussite du congrès a rendu aux militants la confiance en eux-mêmes et dans leur parti et contribué à réconcilier ce dernier avec l’opinion publique. C’est une bonne base de départ pour une renaissance et une refondation avec les militants qui ont retrouvé la fierté d’être à l’USFP.

Quel ordre de priorités allez-vous proposer à l’USFP ?
L’ordre de priorités que nous proposons au bureau politique et au Conseil national s’impose de lui-même. Il s’agit de la révision de l’organisation du parti sur tout le territoire national au niveau horizontal et vertical.
L’organisation horizontale veut dire les secteurs vitaux comme la jeunesse, le secteur féminin, les secteurs professionnels et les organisations de la société civile. L’organisation verticale veut dire revoir l’administration centrale du parti, les conseils régionaux, provinciaux et locaux, en plus du programme des activités au quotidien, en visant une stratégie de proximité. Il y a également les élections de 2009 qui constituent une priorité incontournable. Il s’agit de définir et d’adopter les procédures et les critères du choix des candidates et des candidats d’une manière démocratique. Il faut arrêter le programme de la politique communale, provinciale, régionale et professionnelle et mettre au point la stratégie de mobilisation des militants et des électeurs. Si nous réussissons ces deux priorités, nous aurons créé les meilleures bases de la refondation de notre parti. Parallèlement à cette action, nous devons rouvrir le dialogue au sein de la Koutla et avec nos amis de la Gauche.

Votre élection à la tête de l’USFP remet sur le tapis la question de votre renoncement au poste de ministre de la Justice. Allez-vous demander à SM le Roi de vous libérer de ce poste ?
En effet, j’ai déclaré avant l’ouverture de la première période du huitième congrès que, si je suis élu premier secrétaire de l’USFP, je demanderai à SM le Roi de me libérer de ma responsabilité de ministre de la Justice. Aujourd’hui, le 20 novembre 2008, je maintiens mon engagement.

L’USFP va-t-elle maintenir sa participation au gouvernement ? Que feriez-vous pour renforcer la présence du parti dans l’actuelle majorité ?
L’entrée ou la sortie du gouvernement chez les partis sérieux n’est pas le résultat d’un coup de tête. Nous avons adopté la stratégie de la participation au gouvernement depuis 1998. Sur la base de la même analyse, et pour les mêmes raisons, nous avons renouvelé cette position d’une manière démocratique en 2002 et en 2007. Nous sommes toujours dans la logique de la participation jusqu’à nouvel ordre. Nous pensons par la même occasion que la renégociation de notre participation au sein de la majorité peut nous donner l’opportunité de renforcer notre présence au gouvernement.

Les ex-PSD se disent « déçus » de leur faible représentativité dans les instances dirigeantes élues lors du dernier congrès. Que répondez-vous à cela ?
Je n’ai pas à répondre aux résultats d’un vote. Mais, comptant beaucoup d’amis parmi les ex-PSD, je peux vous affirmer que ces derniers ne sont pas des opportunistes, venus à l’USFP pour des postes. Ce sont des hommes et des femmes à principes, qui croient à des valeurs, qui portent en eux-mêmes un projet de société démocratique et socialiste.
Ceci dit, les grands militants et militantes finissent par s’imposer, tôt ou tard, par leurs compétences, leur dévouement, et leur apport réel au parti et au pays. C’est cela la vraie intégration. Je suis donc tranquille pour l’avenir.

Le faible score réalisé par les ex-PSD ne risque-t-il pas toutefois de compromettre le projet de réunification des partis de Gauche  ?
Je vous répète encore une fois que la réunification des partis de Gauche ne se fait pas sur la base de postes à distribuer mais sur le fait de partager ensemble des principes, des visions, des projets et des programmes. L’essentiel est d’accepter la diversité dans l’unité. Or, nous sommes à l’USFP en train d’évoluer vers l’adoption des tendances et l’acceptation d’un certain pluralisme interne, ce qui ouvrira la voie à l’égalité des chances et à une compétition démocratique loyale.

L’appel à la réforme constitutionnelle occupe une place importante dans la déclaration finale adoptée lors du dernier congrès. Croyez-vous qu’une réforme constitutionnelle est une urgence aujourd’hui ?
Je ne vois pas pourquoi on monte, artificiellement, cette affaire en épingle. La réforme est un moyen de modernisation.
Le Maroc a choisi la démocratie, la modernité, et donc la réforme. Les progressistes sont des réformistes. Réformer, c’est actualiser. C’est une mise à niveau pour obtenir de meilleures performances dans tous les domaines. Cela est valable aussi pour la Constitution pour atteindre une bonne gouvernance. Il faut dédramatiser ce sujet, voire le banaliser pour atteindre plus de sérénité et de clairvoyance. On ne peut réussir la réforme que dans un climat de confiance, d’apaisement et de tranquillité.


 

Abdelouahed Radi, bio-express


Membre du Bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) depuis 1989, M. Radi vient d’être élu premier secrétaire de l’USFP. Il a été successivement président de la Chambre des représentants au cours de la 6ème législature (1997-2002) et de la 7ème législature (2002-2007). Il est également membre du Comité exécutif de l’Union interparlementaire (UIP).
Député depuis 1963, M. Radi a été nommé ministre de la Coopération (1983-1985).
Professeur de psychologie sociale à la Faculté des lettres et des sciences humaines de Rabat, il a été élu en 1998 président du Conseil de la région du Gharb-Chrarda-Beni Hssen.
Ancien secrétaire général de l’Union arabo-africaine (1984-1986), M. Radi a été co-président du Forum parlementaire euro-méditerranéen (1998-2004), président du Conseil consultatif de l’Union du Maghreb arabe (2001-2003), puis président de l’Union des Parlements des Etats membres de l’Organisation de la Conférence islamique (2001-2004).


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