Abderrahim Chenaoui : «Les conducteurs appellent à l application de la loi»

Abderrahim Chenaoui : «Les conducteurs appellent à l application  de la loi»

ALM : Quel pourrait être l’impact de la grève des conducteurs d’autocars?
Abderrahim Chenaoui : Cette grève aura un impact direct sur les caisses des sociétés de transport sur les 70% de  citoyens marocains qui utilisent ce mode de déplacement (selon le HCP). Côté économie nationale, une telle grève a un impact limité, la consommation de gasoil s’en trouvera peu déstabilisée. Toutefois, la portée sociale et politique de ce débrayage est importante et doit sensibiliser les pouvoirs publics quant à la vulnérabilité et aux conditions désastreuses dans lesquelles évoluent les conducteurs, ces derniers ne bénéficiant d’aucun avantage social. Traiter aujourd’hui la grande anarchie dans laquelle baigne le secteur doit passer par le règlement de la situation sociale  des travailleurs.  

Comment évaluez-vous l’attitude du ministère du transport vis-à vis des conducteurs ?
En dehors des promesses, l’ancien et l’actuel ministres n’ont pas eu de réponses concrètes, réalistes et applicables pour faire face au problème qui ravage le secteur du transport routier des voyageurs, notamment les problèmes des conducteurs. Aujourd’hui, les conducteurs appellent à l’application stricte et équilibrée de la loi : contrat de travail, sécurité sociale, respect du temps de travail légal qui ne doit pas dépasser 9 h, mais qui frôle en réalité les 16 h.
La majeure partie des conducteurs travaille de manière occasionnelle et est lésée au maximum. Mais à ce jour, le ministère du transport manque de stratégie pour régler les problèmes du secteur, étant donné la diversité des intervenants, notamment le ministère de l’intérieur en ce qui concerne l’organisation des gares routières, ou encore le ministère de l’emploi afin d’inscrire 300.000 conducteurs à la CNSS, résolution signée par l’ancien ministre mais qui n’a pas été prise.

Qu’en est-il du problème de la détermination de la responsabilité dont pâtissent en premier lieu les conducteurs ?
Pour ce qui est de la détermination de la responsabilité, les conducteurs appellent à ce que chacun assume sa responsabilité. Le ministère du transport doit dans ce sens   mettre en place des commissions régionales destinées à déterminer la responsabilité conformément au code de la route. Commissions où doivent être représentés les professionnels du secteur pour garantir la défense de leurs droits et intérêts et non pas où le ministère de tutelle est juge et partie. Hélas aujourd’hui, il n’existe qu’une seule commission. Elle est nationale, sous ordre du ministre, dépêchée de manière occasionnelle quand un accident est trop médiatisé à l’instar du drame de Tichka. Aussi, les centres de visite technique permettent la circulation de véritables dangers publics. Il y a aussi le lobby des transporteurs (propriétaires d’agrément, locataires, prestataires) et qui sont contre l’application des cahiers des charges ou de toute mesure de traçabilité. Lutter contre les accidents de la route ne doit pas se faire de manière conjoncturelle. Le constat est là : on parle à chaque fois des 12 milliards DH perdus dans les accidents, on parle des 4.022 tués sur les routes en 2011 et qui seront en progression de 11% en 2012, mais il faut aujourd’hui une véritable feuille de route pour que chacun soit en face de sa responsabilité.

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