Abdou Moukite : «L’OFPPT n’est pas transparent»

Abdou Moukite : «L’OFPPT n’est pas transparent»

ALM : La société Redagraph se considère comme une victime de l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT). Pourquoi?
Abdou Moukite : Effectivement, Redagraph est une victime du manque de transparence et de sérieux au sein de l’OFPPT. D’ailleurs, nous avons porté plainte devant la justice contre l’Office car nous estimons que nous avons été lésés dans le cadre d’un appel d’offres qu’il a été lancé il y a deux ans environ. Et l’affaire est toujours en cours de jugement.
De quoi s’agit-il exactement?
Nous avons soumissionné à un appel d’offres lancé par l’OFPPT relatif à l’achat et l’installation d’équipements destinés à enseigner l’art graphique aux étudiants de l’Office. Je rappelle au passage que ce projet est financé, dans le cadre du programme Meda, par l’Union Européenne. Et il est doté d’un budget de 30 millions de DH.
Plusieurs irrégularités ont entaché cette opération. Tout d’abord, certaines sociétés soumissionnaires à cet appel d’offres ne répondaient absolument pas aux conditions prévues dans le cahier des charges, notamment en termes de références. Pire, nous avons constaté, qu’en fin de compte, le soumissionnaire retenu a livré un matériel d’origine canadienne et israélienne, or, l’Union Européenne exigeait que le matériel, objet de l’appel d’offres, soit exclusivement européen.
Est-ce que vous avez prévenu la délégation européenne à Rabat de ces irrégularités?
Absolument. Nous avons eu des entretiens avec les responsables européens et nous leur avons exposé tout le problème. Mais ils nous ont expliqué que la décision finale revenait à l’Office lui-même. Même chose à l’OFPPT et à son département de tutelle. A chaque reprise, on nous a opposé une fin de non recevoir. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de saisir la Justice.
Pourquoi, selon vous, avez-vous été écarté de cet appel d’offres?
Je suis maintenant convaincu que les sociétés qui opèrent dans la transparence, la clarté et le sérieux n’ont pratiquement aucune chance de percer.
Imaginez-vous que le lot n°1 vient d’être adjugé à une entreprise installée à Rabat. Celle-ci n’a aucune notoriété sur la place, ni expertise. Et pourtant le prix que cette société a demandé est beaucoup plus élevé que celui que Redagraph a présenté. La différence est supérieure à 31.000 euros. Le marché a été passé il y a une quinzaine de jours.
Quels sont les montants exacts de vos deux offres?
Pour le lot numéro 1, Redagraph a avancé le chiffre de 92.631 euros, alors que la société en question a exigé 124.045 euros. La différence est bien supérieure à 31.000 euros. Vous savez en informatique les marges sont minimes. Si la différence entre nos deux offres n’était que de quelques centaines d’euros, Redagraph n’aurait pas protesté. Or, il se trouve que cette différence représente plus du tiers, ce qui me pousse à croire qu’il y a anguille sous roche.
Vous êtes sûr qu’il s’agit du même matériel?
Evidemment. D’ailleurs, ce premier lot concerne du matériel de la PAO. Et Redagraph est un concessionnaire d’Apple. Ce qui n’est pas le cas de l’adjudicataire. Même chose pour le lot n°4, qui concerne du matériel numérique. En fait, les conséquences de tout cela, c’est que les étudiants seront formés sur du matériel qui n’existe actuellement nulle part sur le marché. C’est le miracle OFPPT.
Le DG de l’OFPPT assure que votre offre a concerné du matériel japonais. Qu’en dites-vous?
C’est une aberration. Permettez-moi de vous expliquer les soubassements de cette allégation. En fait, dans le lot numéro 1, il y a 34 articles.
Un seul concerne un appareil photo numérique. Nous avons été corrects avec les responsables de l’OFPPT en leur spécifiant que tous les articles sont d’origine européenne sauf un seul dont la valeur ne dépasse guère les 3% du montant total de l’offre. Je tiens à préciser que les spécificités demandées dans le cahier des charges nous imposent de faire appel à du matériel asiatique, et japonais en l’occurrence. On vous impose un produit de marque japonaise et on vous dit ensuite pourquoi il est japonais ! C’est une question de bon sens. Mais là on est dans l’absurde.
Redagraph travaille beaucoup avec les Administrations marocaines et tout le monde reconnaît son sérieux.
Qu’exigez-vous de l’OFPPT maintenant?
Nous avons demandé à la Justice d’annuler toute l’opération. Mais le plus important pour nous est de savoir quand l’impunité va cesser et si les responsables de l’Office ont l’intention d’instaurer une véritable transparence. Il n’est pas normal qu’un Office comme l’OFPPT favorise des entreprises qui n’ont aucun poids et écarte celles qui travaillent dans le professionnalisme absolu.

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