Aboulkassim : « la pauvreté n’explique pas tout »

Aboulkassim : « la pauvreté n’explique pas tout »

ALM : Les jeunes d’origine marocaine appartenant aux mouvements terroristes sont disséminés un peu partout à travers l’Europe. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
Samer Aboulkassim : Il existe à mon avis deux raisons qui ont contribué à cet état de fait. Le premier est l’absence d’encadrement de ces jeunes qui ne sont pas initiés aux principes de citoyenneté. À cela s’ajoute l’absence d’une éducation qui lie ces jeunes à leur pays d’origine. Par ailleurs, l’éducation sociale de cette communauté, en ce qui concerne les affaires du pays d’origine, fait particulièrement défaut. La seconde raison concerne les mouvements politiques religieux qui se sont lancés dans de larges campagnes de propagande et d’endoctrinement envers les jeunes des communautés musulmanes installées à l’étranger. Ces campagnes, qui étaient en fait déguisées dans le cadre de la prédication et qui avaient commencé depuis les années 60, incitaient les communautés musulmanes à l’extrémisme.

A la suite des attentats du 16 mai, tout le monde avait incriminé la pauvreté en tant qu’élément central dans l’adhésion aux groupes terroristes. Cet argument est-il toujours valable ?
La pauvreté peut en effet constituer l’une des causes qui pourrait éventuellement pousser les jeunes à faire partie de mouvements terroristes. Mais ceci n’est valable que dans certains cas seulement. En fait, la pauvreté est loin d’être un élément décisif. Elle pourrait l’être éventuellement dans le cas des candidats recrutés pour servir de kamikazes, mais pas en ce qui concerne le volet de la planification des attentats. Les têtes pensantes bénéficient, pour la plupart, d’une situation financière confortable dans leur pays d’accueil. Ce qui confirme l’idée selon laquelle la planification des attentats n’est pas nécessairement le produit de la pauvreté. 

Selon vous, quelles sont les autres raisons qui poussent les jeunes migrants d’origine marocaine, ou musulmane en général, à tomber dans les bras du terrorisme ?
Ces raisons sont en premier lieu liées à l’éducation sociale. Ces jeunes migrants musulmans vivent un état de dédoublement de la personnalité. Les liens qui les unissent à leurs pays d’origine sont en fait devenus très minces, voire inexistants. Et, parallèlement, des sentiments de haine et de rancœur envers le pays d’origine se sont amplifiés.

Y a-t-il un effort de sensibilisation à faire auprès de ces jeunes ?
A mon avis, il faut revoir, et de près, l’éducation de ces jeunes. Il existe une importante communauté marocaine vivant en Europe. Cette communauté doit pouvoir bénéficier d’une éducation sociale adéquate qui puisse la rendre profondément attachée à son pays d’origine.
Il faut absolument nourrir la jeune génération de cette communauté de principes de citoyenneté. Il faut également essayer, par tous les moyens, de réduire à néant les effets d’endoctrinement massif dont ils ont été victimes, de la part notamment des mouvements islamistes.

Qui devrait, à votre avis, s’occuper de cette sensibilisation ?
Ceci relève avant tout de la responsabilité de l’Etat marocain. Ce dernier est représenté par plusieurs organismes dans les pays d’accueil, notamment par les ambassades et les consulats. C’est donc à lui, en premier lieu, d’encadrer les jeunes d’origine marocaine et de créer chez eux un lien indéfectible avec le Maroc.
Les partis politiques ont également leur part de responsabilité en ce qui concerne la sensibilisation et l’encadrement de ces jeunes. Ils représentent en effet le cadre approprié pour éduquer les jeunes des communautés marocaines.

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