Aboulkassim : «le danger est bien réel»

Aboulkassim : «le danger est bien réel»

ALM : Que vous inspire le démantèlement du nouveau groupe terroriste ?
Samer Aboulkassim : Cela veut dire tout simplement que les adeptes du courant intégriste religieux travaillent avec la même stratégie, mais avec plus de profondeur qu’auparavant.
On s’en aperçoit aujourd’hui avec les cellules terroristes qui arrivent à noyauter des institutions qui étaient historiquement à l’abri des luttes politiques et idéologiques. Cela veut dire aussi qu’il n’y a pas eu de remise en cause idéologique et politique de ces courants. C’est aussi une preuve qu’ils n’ont jamais été et ne seront pas capables de contribuer à l’encadrement pacifique et démocratique des catégories et franges de la société. Je pense en définitive que la lutte contre le terrorisme et ses racines sera encore plus longue et plus ardue que ce que l’on ne croyait.

… Justement, des ONG, entre autres, ont essayé de remettre en cause le travail des services de sécurité et de la justice allant parfois jusqu’à affirmer que les cellules terroristes sont une pure affabulation. Qu’en dites-vous ?
Ceux qui doutaient de l’existence réelle des cellules terroristes et ceux qui croient qu’une certaine "mode" internationale a été transposée au Maroc, voire à des complots étrangers, se voient encore démentis par la réalité des choses. Nous leur disons aujourd’hui, preuves à l’appui, qu’il existe encore des actes étudiés et prémédités pour pousser les gens à la violence et à l’extrémisme.
Nier une telle réalité, c’est se tromper gravement sur les énormes dangers qui guettent le Maroc.

Il y a aussi un fait nouveau. Ce dernier réseau a choisi pour nom "Jamaât Ansar El Mahdi". Que pensez-vous de cette appellation ?
Je crois que c’est une appellation qui a été choisie sciemment pour faire diversion et renvoyer à des références chiites qui ne disposent pas d’une réelle  audience au Maroc pour le moment.
Même si c’était vrai, une structure se revendiquant chiite ne pourra pas être capable d’infiltrer les rangs de l’armée.
Cela relève des précautions prises généralement par les mouvements islamistes radicaux avec la multiplication des alias et des noms de guerre.

Considérez-vous qu’il y a eu ces derniers temps une sorte de laxisme pour contrer le terrorisme ?
Je ne pense pas qu’il y ait eu laxisme ou relâchement dans le traitement de ce phénomène. Toutefois, les approches sécuritaire et judiciaire ne sauraient répondre, à elles seules,  à la grande problématique que pose la propagande extrémiste dans notre société. Je crois que, pour apporter des réponses à ce fléau, nous avons encore besoin de plus de réflexion et de remise en cause des modalités d’encadrement sociétal et étatique. Il faut résoudre, et de manière ferme, le problème que pose l’exploitation de la religion à des fins politiques.

Faudrait-il donc interdire toute formation politique faisant référence à la religion ?
Si nous aspirons à faire jouer la démocratie, nous devrons considérer l’après-2007 et même l’après-2012 en prenant compte de toutes les catastrophes qui avaient résulté des approches sécuritaire et judiciaire destinées à contrer l’utilisation de la religion à des fins politiques. Sur cette base là, je pense qu’il faut revoir le tout et ne pas autoriser de partis fondés sur la base de l’appartenance confessionnelle. Il faut également ne pas permettre que l’on use de la religion pour embrigader une partie de la société marocaine. C’est sur cela que nous avions attiré l’attention même avant les attentats du 16 mai 2003. Aujourd’hui, nous nous retrouvons au même point de départ.

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