Acquis ou cadeaux de dernière minute ?

Les acquis ne se refusent pas, et les socialistes sont connus dans le monde entier, du moins théoriquement et au vu de leurs discours, pour leur fibre sociale. Le gouvernement de Abderrahman Youssoufi vient de confirmer ce fait, récemment, par l’accord conclu avec les syndicats de l’enseignement.
Par la même occasion, il a fait rater à ses adversaires, l’occasion de l’épingler sur le terrain, à travers le recours à une grève générale. Un mouvement qui n’aurait pu avoir que des effets négatifs et néfastes sur la paix sociale et la stabilité politique du pays. Sans compter les dégâts qu’il aurait pu engendrer en termes de participations des citoyens aux élections législatives prochaines. Soit par le boycott des élections, soit par le vote en faveur des adversaires des partis qui siègent au gouvernement actuellement.
Certes, en répondant aux doléances des enseignants, le gouvernement a, au bas mot, neutralisé l’une des couches socio-professionnelles les plus contestataires et a doté les bases des partis qui la composent, dont particulièrement l’USFP, d’une belle bouffée d’oxygène, surtout en ce moment pré-électoral. Soupir de soulagement pour les uns, réserves et inquiétude chez les autres.
Il va de soi, donc, que ce geste constitue l’une des victoires les plus spectaculaires du gouvernement de l’alternance, exactement comme c’est le cas pour l’adoption du projet de la généralisation de la couverture médicale et des mesures de la lutte contre la sécheresse.
Certes, dans ces affaires, l’emprunte du Premier ministre Abderrahman Youssoufi est manifeste. D’ailleurs, personne ne conteste la bonne-foie de cet homme, connu depuis fort longtemps pour son engagement aux côtés des opprimés, des déshérités et de toutes les forces éprises de justice et d’équité.
Néanmoins, cela ne nous empêche guère de nous interroger sur les intentions réelles qui furent derrière l’adoption de certaines mesures récentes. S’agit-il, donc, d’une faille propre aux régimes démocratiques ?
Certes, la réponse n’est pas évidente, et ce d’autant plus que le fond de la question porte essentiellement sur des intentions. Du moins dans la phase actuelle. Mais, toujours est-il que la vraie pensée est celle que l’on exprime à haute voix. Non pour semer la confusion, ni pour susciter un débat stérile qui va dans le sens de la révision des acquis . Car, ce qui compte c’est d’attirer l’attention sur les dérapages éventuels et possibles qui peuvent découler de certains comportements.
N’y a-t-il pas dans les dernières mesures sociales préconisées par l’exécutif une odeur électorale dans l’aire ?
Pourquoi le gouvernement a-t-il attendu, quatre années avant de répondre aux doléances des enseignants ?
D’où compte-t-il fournir l’enveloppe des 4 milliards de dirhams, consacrée aux indemnités des enseignants ?
Le gouvernement n’est -il pas entrain d’hypothéquer l’avenir du pays et de le sacrifier sur l’autel de quelques ambitions partisanes ?
Quelle réponse apportera l’exécutif actuel aux revendications des autres couches sociales, dans les semaines à venir, en matière de logement, de santé, et d’améliorations des conditions de vie et / ou de travail des citoyens ?
Et qu’en est-il au juste des thèses des moyens limités de l’Etat ?
A ces questions et à d’autres, nous attendons des réponses claires. Par des actes et non des discours. Il y va de la crédibilité des instances exécutives du pays et de l’égalité des chances de l’ensemble des partenaires politiques.

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