Aéronautique : Ce que doit faire le Maroc pour préserver son avance

Aéronautique : Ce que doit faire le Maroc pour préserver son avance

L’aéronautique est aujourd’hui plus que jamais une industrie stratégique pour le Maroc. Identifiée parmi les moteurs de croissance du Pacte «Emergence» (voir encadré page 5), il demeure primordial de renforcer son implantation afin qu’il fasse face aux nouvelles mutations mondiales. En effet, basé principalement sur la sous-traitance pour le compte de grands constructeurs étrangers, ce secteur se trouve depuis quelques années exposé à un ensemble d’enjeux résultant d’une part de la refonte de la carte aéronautique mondiale et d’autre part de la nouvelle donne économique mondiale, en raison notamment du repli des commandes des grandes compagnies internationales. À ce titre, la Direction des études et des prévisions financières (DEPF), relevant du ministère de l’économie et des finances, a publié une nouvelle étude sur le thème «Le secteur aéronautique marocain face aux nouvelles mutations mondiales». Cette étude se propose de fournir les éléments de réponse du Maroc face aux nouvelles mutations mondiales.
Ainsi, l’analyse de la situation du secteur aéronautique marocain fait état d’une certaine résilience de ce segment eu égard au potentiel qu’il a dégagé en moins d’une décennie. Un développement rapide conforté par l’installation des opérateurs de grande envergure à l’instar d’EADS, Boeing et Safran, ayant assuré la performance de la destination Maroc, en témoigne le choix de Bombardier, 3ème constructeur mondial d’avions. En effet, parmi les secteurs exportateurs les plus exposés à la crise économique et financière mondiale, l’aéronautique est un secteur qui a pu résister aux effets de la crise avec un taux de croissance de 29% en termes d’exportations sur la période 2008-2009 et de 65,5% sur toute la période 2008-2011. Aussi, plus en détail, l’analyse des exportations aéronautiques par mois montre que les exportations aéronautiques ont connu, après une forte résistance sur l’année 2008 et une bonne partie de l’année 2009, une contraction, notamment sur le premier semestre 2010 par rapport à la même période 2009 pour reprendre leur bonne performance au mois de juin 2010, marquant une hausse de 40% et atteignant le pic de 116% au mois de décembre 2010. Le même scénario se répète sur l’année 2011 avec une petite contraction de l’activité sur le premier semestre et une reprise sur le deuxième semestre. Aussi, cette tendance traduit le caractère cyclique de l’activité aéronautique et sa sensibilité aux aléas de la conjoncture mondiale. Toutefois, le secteur aéronautique marocain se caractérise par la reprise rapide de sa performance. Cependant, en dépit de la grande résistance du secteur aéronautique national face à la crise économique et financière qui a été justifiée par un taux de croissance de plus de 65% en termes d’exportations sur la période 2008-2011, dont 29% entre 2008 et 2009, le Maroc est confronté sur ce créneau à une rude concurrence, notamment de la part de la Tunisie qui dispose d’un tissu aéronautique assez étoffé et des pays de l’Europe de l’Est qui ont une tradition aéronautique reconnue. Ces nouvelles donnes incitent les différents acteurs publics et privés de ce secteur à accélérer davantage la mise en œuvre et l’opérationnalisation de l’Offre Maroc Aéronautique pour assurer une meilleure compétitivité à la filière aéronautique marocaine et par conséquent son attractivité afin de tirer profit des opportunités qu’offre la nouvelle configuration du secteur. À cette fin, la DEPF a élaboré et publié dans son étude une série de suggestions qui gagneraient à être prises en considération. Au niveau de l’Offre Maroc, la DEPF appelle à concentrer davantage l’investissement public sur les clusters aéronautiques créateurs de forte valeur ajoutée, afin d’accompagner leur essor, à tisser des liens et renforcer la présence auprès des acteurs impliqués dans des clusters étrangers afin de tirer profit des expériences étrangères leaders en la matière et à conduire une politique de clusters en partenariat étroit avec les acteurs privés. L’ambition étant, selon la DEPF, d’associer l’Etat, «Nouasser Aerospace City», la TFZ et les régions casablancaise et tangéroise en vue de définir une vision partagée. Aussi, dans le cadre d’un management concerté, les deux parties devraient définir un système de gouvernance dans l’optique d’une gestion efficace des interfaces entre les différents acteurs afin d’accroître leur compétitivité. Au niveau de la formation, la DEPF invite à renforcer les liens industrie-formation-enseignement et les liens industrie-recherche et stimuler la coopération interentreprises en matière d’innovation, à promouvoir, dans le cadre de la mission de l’IMA, la formation et le développement des compétences des employés et enfin à favoriser les coopérations entre les écoles d’ingénieurs et les universités marocaines pour mutualiser leurs moyens et créer des laboratoires communs qui travailleront en collaboration avec les industriels. Ces centres de recherche devraient aussi, selon la DEPF, élaborer leur offre de formation continue, ce qui leur permettra de dégager des moyens financiers supplémentaires. Autant de recommandations pour faire prospérer le segment aéronautique au Maroc qui tend à devenir un véritable pôle d’excellence, capable de créer de la richesse, des postes d’emploi et permettre au pays de relever le défi de la concurrence mondiale et de le positionner sur l’échiquier international de cette industrie de pointe.

Un taux de croissance annuelle de 25%

Orienté à 100% vers l’export, le secteur aéronautique marocain est constitué de près de 100 entreprises exerçant dans les activités de production, de services et d’ingénierie. Celles-ci  constituent les composantes principales de la chaîne de valeur aéronautique mondiale. Huit domaines d’activité emploient près de 75% des personnes dans ce secteur : travail des métaux, électronique-avionique, services, fabrication de pièces composites, maintenance-réparation, support technique, maintenance-réparation, assemblage de sous-structures, fabrication de parties auxiliaires. Selon les derniers chiffres du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS), le secteur a enregistré au titre de l’exercice 2011 un chiffre d’affaires à l’export de plus de 5,2 milliards de dirhams et un taux de croissance annuel de 25% sur les dernières années. Ce secteur emploie près de 7.500 salariés hautement qualifiés contre seulement 1.500 employés en 2000. Eu égard aux perspectives prometteuses de développement du secteur, l’emploi dans ce secteur devrait se situer à 15.000 postes à l’horizon 2015.  Le secteur aéronautique et spatial connaît une concurrence de plus en plus accrue et cherche à externaliser à travers le monde une majeure partie de ses activités. Le Maroc figure parmi les pays où ce secteur détient des perspectives d’avenir avec une croissance annuelle de 25%. Les investissements dans le secteur se sont   fortement accrus au cours de ces dernières années. Et pour preuve,  citons le lancement en novembre 2011 du projet Bombardier et l’installation d’une vingtaine d’entreprises, dont notamment SMES, Matis, Labinal, Teuchos et Aircelle et en 2009, MS Composites et Zodiac Aerospace Maroc qui prévoit le développement de la recherche et de la production de matériel pour l’aéronautique dans le parc industriel Aïn Johra, pour un investissement d’environ 135 millions de dirhams. Il est à signaler également la convention avec le Groupe Constructions industrielles de la Méditerranée (CNIM) souhaitant s’installer au Maroc, pour un investissement de 20 millions d’euros. 

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