Affaya : « Les Marocains sont ouverts sur l’Espagne »

Affaya : « Les Marocains sont ouverts sur l’Espagne »

ALM : Comment est venue l’idée d’une étude sur l’image de l’Espagne au Maroc ?
Noureddine Affaya : L’idée en elle-même date de quelques années. Mais elle n’a mûri que l’année dernière. Le déclic s’est opéré pour nous suite à la publication par le grand historien espagnol Eloy Martin Corrales d’un ouvrage très intéressant intitulé
« L’image du Marocain en
Espagne : une perspective historique ». Couvrant la période allant du 16ème au 20ème siècle, ce livre, par les réponses qu’il a apportées côté espagnol sur notre image à l’autre rive du détroit, nous a poussés à poser la question, d’un point de vue marocain. Nous sommes partis de cette conviction qu‘il fallait également s’interroger sur les différentes représentations que les Marocains ont de leurs voisins ibériques. Entamé en mars 2004, notre travail, qui a couvert toutes les régions du Maroc, s’est ainsi déroulé sur une année avant d’aboutir aux résultats que nous présentons aujourd’hui.

S’il n’y avait qu’une seule conc-lusion à tirer de votre étude, ce serait laquelle ?
Il y a, comme on sait, une différence de taille entre les préjugés qu’Espagnols et Marocains ont développés tout au long de l’Histoire commune que les deux pays et les deux peuples ont partagée à travers les siècles. Mais, actuellement, on assiste à une sorte de double dilemme. Nous avons d’un côté une Espagne qui se modernise, avec un processus de développement global et une mise à niveau dans tous les secteurs. Huitième puissance mondiale, l’Espagne reste dans ses rapports avec le Maroc, tributaire des réflexes archaïques et de cette panoplie de préjugés sur le Moro. Des réflexes que les Espagnols traînent depuis la période de la Reconquista et qui continuent à nos jours. D’un autre côté, et c’est la principale conclusion de notre étude, les Marocains ont un regard « ouvert » sur l’Espagne et les Espagnols.
Le Maroc semble même disposé à emprunter le modèle de l’autre. On se souvient d’ailleurs du débat d’il y a quatre ou cinq ans, selon le quel la monarchie espagnole pourrait être un exemple pour le Maroc. Cela montre que notre pays est disposé à dialoguer avec son voisin, malgré les blocages conjoncturels qui perturbent les rapports entre les deux pays. Mais au niveau politique et économique, notre pays n’arrive toujours pas à se défaire des structures archaïques qui entravent son développement.  

Quels sont les principaux préjugés que les Marocains ont des Espagnols ?
Si le préjugé le plus fort qui revient côté espagnol sur les Marocains est celui de Moros, c’est-à-dire, des gens cruels, à la limite de la sauvagerie et des fainéants convaincus, les Marocains considèrent les Espagnols comme des gens arrogants, provocateurs, exploiteurs et intolérants. Si, au stade des préjugés, ces idées reçues sont somme toute sans gravité, le danger est qu’ils sont exploités et manipulés politiquement aux moments de crise. D’où la nécessité de revoir toute l’architecture sur laquelle ces idées sont fondées. Maintenant que la conjoncture se prête au dialogue et au partenariat, notre approche en tant que Marocains d’aborder l’Espagne ne doit plus être prisonnière de la conjoncture politique. Il faut qu’on arrive à composer avec l’Espagne, quelle que soit la nature du pouvoir en place.

Changer cet état de fait devrait commencer par quoi à votre avis?
Tout rapprochement durable doit commencer par un travail sur soi. Les deux pays doivent à mon avis s’engager dans un mouvement à même de créer un élan collectif d’action sur les préjugés pour en limiter les effets. Un travail sur les litiges en suspens est à entamer d’urgence. Le tant désiré partenariat doit être solide, basé sur les règles de la solidarité, la reconnaissance et l’égalité.

Votre étude a été élaborée suivant une approche de répartition de l’effort de recherche et des résultats sur les différentes régions du Maroc. Qu’est-ce qui explique un tel procédé ?
L’image de l’Espagne n’est pas la même d’une région à une autre du Maroc. Notre démarche avait pour souci de saisir toutes les nuances que pose cette question d’image. Dans des régions comme Beni Mellal ou Errachidia, l’Espagne est un pays méconnu. Ce qui n’est pas le cas dans une ville comme Tétouan où la présence coloniale espagnole a laissé bien des traces. Etablir notre étude sur une base nationale globale, c’est biaiser l’analyse et mettre en doute l’efficacité du traitement des résultats. Ceci étant, notre étude est une étude nationale. Sa division en fonction des régions du pays émane d’un souci de précision à même de donner une idée à la fois plus globale et plus pointue.

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