Afilal choisit le bras de fer

Afilal choisit le bras de fer

Ce mardi 18 octobre 2005, la Cour d’appel de Casablanca a vécu un jour assez particulier. Abderrazak Afilal y était convoqué pour être entendu, de nouveau, par le juge d’instruction Jamal Serhane dans le cadre de l’affaire du projet Hassan II. Mais aussi pour les besoins d’une confrontation entre le patron contesté de l’UGTM et les trois principaux accusés, Abdelaziz Laâfora, Abdelmoughit Slimani et Lahcen Haïrouf.
Afilal n’ira pas seul à la Cour d’appel de Casablanca, mais plutôt accompagné par près de 70 de ses sympathisants qui y avaient improvisé un sit-in. Me Jamal Serhane a dû intervenir à plusieurs reprises pour expliquer aux amis d’Afilal qu’ils violaient la loi. Le sit-in a été dispersé par les forces de l’ordre par la suite. En fin de compte, la confrontation entre les quatre hommes n’aura pas lieu et tout sera reporté à une date ultérieure.
Selon des sources fiables au sein de l’UGTM, Afilal aurait voulu « faire chanter» la justice comme il lui était arrivé de mobiliser « voyous » et pitbulls contre ses détracteurs il y a plusieurs semaines quand ces derniers envisageaient la tenue d’un conseil national au siège de la centrale syndicale.
Le schéma retenu par Afilal et ses amis était des plus simples, mais aussi des mieux ficelés, nous confie une source de ce syndicat. D’abord, le sit-in improvisé devant la Cour d’appel de Casablanca devait dégénérer au cas où le juge d’instruction aurait ordonné la mise en détention de Afilal. Les consignes devait être, par la suite, transmises aux sympathisants de ce dernier qui ont pris le soin de se mobiliser dans les locaux de l’UGTM à travers le Maroc. L’une des premières actions envisagées, apprend-on, visait à paralyser toute activité au port de Casablanca.
Abderrazak Afilal, lui, tempère et notamment au sujet de ses convocations par le juge d’instruction de la Cour d’appel de Casablanca. « Le juge d’instruction n’a pas décidé de me poursuivre », déclare le concerné à ALM avant d’ajouter qu’il a été interrogé sur de présumés actes d’abus de pouvoir et notamment en ce qui concerne la résiliation de contrats liant, dans le temps, la commune de Aïn Sebaâ à des bureaux d’études.
Dans son entourage, Afilal se dit victime de règlements de comptes entre USFP et Istiqlal, mais s’interroge aussi sur l’opportunité d’ouvrir ce dossier, maintenant. Il s’en prend particulièrement à Mohamed Bouzoubaâ, le ministre de la Justice et, de ce fait, chef du parquet.
De sources proches de ce dossier, Abderrazak Afilal est bel et bien accusé. Il devra être poursuivi dans une inextricable affaire à trois volets : le projet Hassan II, la construction du siège de la commune de Aïn Sebaâ et la villa qu’il se serait octroyé au dirham symbolique avant de rectifier les choses et exhiber un acte de vente avec un prix dérisoire pour des milliers de mètres carrés.
Les mêmes sources confirment que le patron de l’UGTM a été interdit de quitter le territoire national et que ses biens et comptes bancaires, ainsi que ceux de ses deux fils, ont été saisis par la justice. Les mêmes mesures concernent les parlementaires istiqlaliens Rachid et Youssef Tazi. Le comble pour Afilal est que son bras droit à l’UGTM fait l’objet de poursuites dans le cadre de la même affaire. Sabah Dikri, présentée comme la nièce d’Afilal, a été convoquée par le juge Serhane. En association avec une autre femme, elle aurait mis en place une société qui remportera, miraculeusement, plusieurs marchés et contrats à Aïn Sebaâ. Pour le projet Hassan II, qui devait en principe bénéficier aux populations du bidonville « Carrières centrales », la commune de Aïn Sebaâ, selon les premiers éléments d’enquête, aurait acquis le terrain à 100 DH le mètre carré avant de le céder à des sociétés « amies » à 50 DH seulement et ce sous les pressions exercées par Laâfora. En contrepartie, entre autres lots de consolation, l’ex-président de cette commune aurait bénéficié de la désormais célèbre villa jouxtant le zoo de Aïn Sebaâ. Dans tout ce feuilleton, surgiront plusieurs différends, et résiliations de contrats, qui porteront préjudice à des tiers.
C’est tout un enchevêtrement d’affaires en fait que devra tenter de démêler le juge d’instruction. Ce dernier, qui dispose d’un an pour boucler son enquête et auditionner près d’une vingtaine de personnes, devrait convoquer Afilal et les autres dans les dix jours à venir.
Le parti de l’Istiqlal, malgré plusieurs rumeurs sur un éventuel gel des activités partisanes d’Afilal, rechigne toujours à s’exprimer sur le sujet. Nos contacts avec plusieurs responsables du parti de Abbas El Fassi ont été infructueux. 

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