Afilal : “il s’agit d’une grande percée”

Afilal : “il s’agit d’une grande percée”

ALM : Comment s’est déroulé le ralliement des syndicalistes de l’UMT à votre centrale, l’UGTM?
Abderazak Afilal : C’est une percée forte réalisée par l’UGTM. Nous étions en contact avec eux depuis longtemps. Notre but était de briser le monopole de l’UMT au sein de la CNSS, une caisse qui est une véritable source de richesse et de budgets pour l’UMT. Nous avons profité de l’occasion du renvoi du secrétaire général de l’UMT, Mustapha Khlafa pour le rallier à notre syndicat. Inutile de rappeler que ce dernier a une assise forte au sein de la CNSS. Conséquence: tout le bureau fédéral de l’UMT est venu chez nous, car tout le monde en a assez de la dictature de l’UMT. Les cadres sont exclus et c’est la matraque qui commande. Nous avons été combattus pendant trop longtemps par l’UMT. Ce syndicat utilisait la force pour nous exclure de la CNSS. Nous avons décidé d’utiliser les mêmes moyens que lui.
Maintenant que vous avez, en quelque sorte, les rênnes du pouvoir, qu’est-ce qui va changer au sein de la CNSS?
Nous demandons que soit établie une gestion saine de la Caisse. L’impunité doit cesser une fois pour toutes. Nous allons également faire une évaluation qui nous permettra d’engager une véritable réforme de la CNSS où le mot d’ordre sera la participation de tous les cadres à la gestion de la caisse. Nous avons comme seul objectif l’intérêt des employés de la CNSS, qui sont plus de 5.000, et des travailleurs affiliés. Sans oublier l’intérêt de la société en ouvrant la Caisse à tous ceux qui n’en bénéficient pas encore, comme les agriculteurs par exemple. En outre, nous allons exiger que les excédents de la CNSS versés actuellement à la CDG soient investis au profit des travailleurs.
Vous avez parlé d’impunité. Qu’entendez-vous par là?
Il est vrai, tout d’abord, qu’il faille revoir toute la politique de la CNSS. Mais ceci-dit, il ne faut pas oublier que des sommes colossales ont été détournées de la CNSS. Cet argent doit être restitué. Nous allons donc activer le rapport de la commission d’enquête de la Chambre des conseillers qui a constaté ces irrégularités. Ceux qui ont détourné l’argent des travailleurs doivent être punis.
Combien de temps vous faut-il pour réaliser vos objectifs au sein de la CNSS?
Aujourd’hui, la CNSS est multiple. Il faut l’unifier afin d’assurer une solidarité pour tous les affiliés. Nous sommes prêts à lutter pour améliorer la situation des travailleurs. Mais pour cela encore faut-il nous laisser agir. Nous avons constitué un nouveau syndicat, il faut lui donner la possibilité de participer à la prise de décision. Aujourd’hui encore, l’UMT fait l’impossible pour nous bloquer. Le directeur général doit entamer un dialogue avec nous et nous donner un bureau dans le siège de la CNSS au même titre que pour l’UMT. Le gouvernement également doit se manifester. En fait, rien n’est gagné d’avance.
Que fait exactement l’UMT pour vous bloquer?
Sachez, tout d’abord, que Mustapha Khlafa est à la fois président des oeuvres sociales de la CNSS et président des mutuelles. L’UMT essaye de le faire démissionner de ce dernier poste sous prétexte qu’il a changé de syndicat. Or, le président des mutuelles est élu par l’ensemble des employés de la CNSS, syndicalisés ou pas. Légalement, personne ne peut l’obliger à démissionner afin d’organiser de nouvelles élections.
Quelle attitude a adoptée le directeur général de la CNSS?
A ce titre, je tiens à préciser que l’UGTM veut sincèrement aider le jeune directeur général de la CNSS. D’ailleurs, lui-même a reconnu que chacun est libre de changer de syndicat. Son comportement a été, dans l’ensemble, assez correct. Mais je crains qu’il ne cède aux pressions exercées sur lui par l’UMT. En tout cas, nous ferons le premier pas en présentant des propositions de réforme. Mais pour réussir cette dernière, il faut que tout monde ait la volonté d’assainir.
Vous dites que l’UMT pratiquait la dictature au sein de la CNSS. Pourtant, vous héritez, vous-mêmes, d’anciens syndicalistes de l’UMT.
Justement, cette dictature était pratiquée par des gens extérieurs à la CNSS. Je ne citerai pas de noms mais ce sont des dirigeants au sein de la direction de l’UMT qui donnaient les ordres. Ceux qui refusaient de les appliquer étaient carrément éjectés. Ils n’avaient donc pas le choix, car la direction de l’UMT usait de la pression pour faire nommer certains dans les postes de responsabilité ou faire muter d’autres pour « insubordination ».
Imaginons que vous soyez combattus, comment allez-vous réagir?
Nous ne cèderons jamais. Nous allons lutter pour obliger nos détracteurs à nous accepter. Nous userons de la force si c’est nécessaire. Nous irons jusqu’au bout, car comme je le disais, ce sont les intérêts des travailleurs, des affiliés et de la société qui sont en jeu. Peut-être que le gouvernement ne voudra pas de nous, mais cela ne nous empêchera pas de lutter.

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