Afilal : «Mon procès a des origines politiques»

Afilal : «Mon procès a des origines politiques»

ALM : Cité précédemment comme témoin dans l’affaire dite du projet immobilier Hassan II, vous allez comparaître, cette fois-ci, comme principal accusé devant la cour d’appel de Casablanca. Comment estimez-vous ce nouveau procès ?
Abderrazak Afilal : Mon procès a des origines politiques. On veut me faire payer le fait d’avoir affirmé que le Maroc avait dévié du chemin de la démocratie après le décès du regretté Hassan II. On me fait juger parce que je ne voulais pas que mon pays revienne en arrière. Quoi qu’il arrive, je resterais fidèle à ma ligne patriotique. À l’âge de 67 ans, je suis prêt à aller en prison et à y passer le reste de ma vie. Je ne changerai pas de position.

L’accusation retenue contre vous concerne votre participation à la dilapidation de deniers publics dans l’affaire du projet Oulad Ziane. Que répondez-vous à cette accusation ?
Lorsque j’étais président de la commune de Aïn Sebaâ, j’avais toujours favorisé l’esprit démocratique. Tous les partis politiques étaient associés à la gestion des affaires communales. Cet esprit consensuel a donné des résultats encourageants. C’est notre commune qui avait construit le stade « Zaouli » pour un montant de 3 milliards et demi de centimes. Nous avions, également, construit, à Aïn Sebaâ, le Théâtre Larbi Batma, et mené une lutte acharnée pour le relogement des bidonvillois de Sidi Moumen, Sidi Bernoussi, Hay Mohammadi, Roches Noires… Nous avions, par ailleurs, construit des crèches dans différents quartiers populaires. En bref, les réalisations étaient nombreuses. Il suffit de visiter les édifices construits pour se rendre compte de la bonne gestion des finances de la commune dont j’étais président.

Vous avez été interrogé, dernièrement, par le juge d’instruction Jamal Serhane dans le cadre de l’enquête sur l’affaire du projet Hassan II. Pourriez-vous nous dire la teneur de cet interrogatoire ?
Il portait sur un montant d’un milliard de centimes destiné au financement du projet Hassan II. En 1992, alors que j’étais président de la commune de Aïn Sebaâ, l’ex-gouverneur Abdelaziz Laâfora m’avait demandé de destiner cette somme à la réalisation du projet au titre de la contribution de la commune à celui-ci. Au début, j’avais refusé, je sentais que ce projet, prévu sur une superficie de 44 hectares, allait être détourné de sa vocation sociale, pour être exploité à des fins mercantiles. J’ai cédé après avoir subi une forte pression de la part de l’ex-gouverneur, qui a eu recours à la justice pour me mettre au pas. Après avoir obtenu gain de cause, Abdelaziz Laâfora a fait détruire les immeubles construits pour céder le terrain à une société spécialisée dans la construction, la gestion et le bâtiment, en contrepartie d’un prix dérisoire : 50 dirhams le mètre carré. C’est ce chamboulement qui a ouvert la voie au détournement des deniers publics.

Pourquoi avez-vous eu souvent des démêlés avec l’ex-gouverneur Abdelaziz Laâfora ?
J’étais hostile à ses visées féodales. En 1997, alors que j’étais réélu président de la commune de Aïn Sebaâ, Abdelaziz Laâfora m’avait demandé d’apporter une contribution financière au projet de construction d’un nouveau siège de la commune. Il nous avait demandé 8 millions de DH en guise de participation. Après l’évaluation du projet, je me suis rendu compte que le coût du projet était de 2 millions au lieu de 8. On allait nous voler 6 millions de DH.

Vous a-t-on réellement interdit de quitter le territoire national ?
Membre de la Confédération mondiale du travail, je participais, de temps en temps, aux travaux de cette confédération. Mais cette année, j’ai été empêché de participer à son congrès qui s’est tenu récemment à Rome. Malgré mon absence, j’ai été reconduit au poste de membre de cette confédération. Mais ce qui est grave, c’est que cette interdiction concerne également mes déplacements à l’intérieur de mon pays. Je ne peux plus me déplacer librement. 

S’agissant de l’UGTM, avez-vous coupé définitivement les ponts avec ce syndicat ?
J’ai été écarté de l’UGTM parce que je ne voulais pas que ce soit un syndicat de parti. Un syndicat doit défendre les intérêts de toute la classe ouvrière.
Par conséquent, il doit être mis à l’abri de tous les calculs politiciens. C’est cette position qui m’a valu d’être évincé de la présidence de l’UGTM. Malgré tout, je garde toujours des attaches avec ce syndicat. Certains m’ont proposé d’y retourner. Je veux en être simplement président d’honneur.

Après la saisie de vos biens, de quoi vivez-vous aujourd’hui ?
Tout ce que j’ai, c’est une maison à Aïn Sebaâ que j’ai achetée à l’Etat en 1975. Pour le reste, c’est ma femme qui me nourrit.

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